Out of sight, out of reach

Yes, I want to spit on them,

To hurl at them,

To tell them to step back

To back off

I’m a tiny cat with my big fur bristled

But they’re sure my claws have been filed

I heard the restrained and heartbreaking wailing of others cats

Caught, tortured, then kept at bay

So I’ll be a feral one

They won’t understand I change lane when they come by

They don’t plan to bite me

But I have no way to know

My body gets tense, my muscles are tensed

Please, body, never let me off

Don’t paralyze

Please, fight for me, ‘cause I won’t be able to do it by myself

I am frightened

I am still growling

Go away

Go away from me

I’ll run when I’ll be out of their sight

I am just out,

At nighttime

Llamaryon_112014

 

Credits

Photography and stylism : Llamaryon
Hair and make-up : Stecie April
November 2014

Une belle fin

Je prenais un café après mon entrevue pour un emploi. J’étais déjà frustrée, avant même d’avoir eu de réponse. J’avais marre de tous les employeurs que j’avais rencontrés dans les derniers mois : pour eux, j’étais trop débutante, pas assez passionnée, pas assez déterminée, surqualifiée ou pas assez. Je n’avais pas d’auto, pas de téléphone intelligent, pas de portable Mac. Ils voulaient tout, mais pour des postes junior avec salaire junior.

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(Après que j’aie insisté vers 20 ou 21 ans pour avoir un feedback sans filtre, on m’a même dit que j’étais trop jolie et que c’était inquiétant…«pour l’équipe… si quelque chose se développe… les relations entre collègues…». Et je l’ai remercié pour son honnêteté, vous pouvez aussi faire un high-five à mon innocence.)

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Pendant l’entrevue, j’avais détecté deux-trois signes qui me semblaient par expérience prédire une défaite inévitable. La porte franchie, je n’ai plus fait d’effort pour cacher mon découragement. Ma mine dépitée m’a même valu l’offre du café par le barista.

Plus tôt dans ma recherche, on m’avait dit de garder un oeil sur les ouvertures de postes dans les organisations féministes (Conseil du statut de la Femme, Fédérations des Femmes du Québec, etc.) pour entrer dans un milieu à mon image. Pourtant, je voulais faire autre chose que des documents de recommandations. J’avais même envie, à quelque part, de faire quelque chose de différent entre mon 9 à 5 et mon temps libre!

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Le lendemain, j’ai ouvert rageusement le courriel que l’entreprise m’envoyait : «Moi et mon associé avons pris notre décision….»

Dans ma tête: «Merci, merci de me refuser pour une raison bidon, va donc…»

Mais en continuant la lecture : «Nous serions enchantés de pouvoir travailler avec toi».

Alors, j’ai reconnu mon erreur en toute modestie et je suis entrée en poste le lundi suivant.

J’y ai découvert ce que pouvait être un milieu de travail pro-féministe, alors même que le mot «féminisme» n’a jamais été prononcé. C’était juste comme ça, je crois que c’était comme ça depuis que l’entreprise existait, et j’ai adoré ça.

Il y avait un ratio presque parfait de 50/50 entre les employés et les employées. Il n’y avait pas de «sujet de gars» ou de «sujet de filles» : il y avait des sujets de programmeurs, de communicateurs, de designers graphiques… On nous encourageait à nous former sur nos spécialités et à s’initier à celles du voisin, qui s’ouvrait à nous offrir de l’aide au besoin. Alors, il n’y avait jamais de ricanement quand une fille se questionnait sur un langage de programmation, et non plus lorsqu’un gars faisait des fautes de français dans son texte. Les filles se désignaient comme un clan, non pas par le critère de leur sexe, mais par leur appréciation immodérée des anecdotes sur les chats, des memes de chats, des vidéos de chats… Les gars s’identifiaient entre eux par la durée de leur amitié : c’était des amis d’adolescence.

J’ai toujours laissé ma garde-robe de mannequin empiéter sur mes ensembles de bureau. Un maquillage lourd ou une coiffure en finger waves sont idéales pour souligner une belle journée ou pour créer la motivation. Sinon, fatiguée, détendue ou pressée, je me vêtis d’un tee-shirt et d’un jean en oubliant les accessoires. Je n’aime pas qu’on commente mon apparence, parce que ça établit tranquillement des barèmes de performance, d’apparence de l’employée idéale et d’uniformisation pour des ressources de moins en moins humaines. Me demander si je me prépare à un party du vendredi soir parce que j’ai mis du eyeliner pailleté, me demander si j’ai eu une grosse soirée parce que je n’ai pas mis de cache-cerne, vient s’immiscer dans ma vie privée. Pour une première fois pour toute la durée d’un emploi, je n’ai pas été une curiosité. On ne m’a pas désignée comme «la fille qui s’arrange beaucoup/spécialement/avec plein de couleurs», mais présentée par mon titre ou mon nom.

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Un client a été méprisant envers moi alors que je tentais de le servir de mon mieux. Mon équipe m’a laissée finir mon appel avec dignité, et on m’a offert de reprendre le dossier si nécessaire tout en partageant une description amusante de la No Asshole Policy. J’ai eu le droit d’avoir la voix qui tremblait, et d’occuper la salle de conférence le temps de quelques asanas, sans être reléguée de professionnelle à fillette. On a continué à me confier des dossiers clients.

J’ai eu le droit de déconstruire des mythes sur le viol pendant un souper de Noël (joyeux, oui, je sais), sans devoir gérer de discours «d’avocat du diable», ni tentative de censure. On a fait de la place pour mon conjoint (comme ceux et celles des autres) lors des fêtes amicales de travail.

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Un administrateur système a été recruté. Après qu’il ait été annoncé comme «un grand gamer» et «un vrai gars d’informatique», certaines pouvaient se prévoir une petite inquiétude si elles avaient lu sur les conventions technologiques, l’humour des codeurs et le harcèlement de militantes. Faudrait-il faire de la place à un collègue qui se ferait un malin plaisir de traquer et abattre toute opinion penchant vers la contestation? Non – les patrons avaient trouvé un programmeur talentueux, loyal… et politisé avec un penchant progressiste. Autant les décrire comme des chercheurs d’or modernes.

Mon boss décrivait un chauffeur de taxi, très rapide à déblatérer des conneries racistes, puis sexistes. Il a ensuite raconté qu’il a fait stopper l’auto, a sorti son portefeuille, a payé la note (sans pourboire) et est sorti pour marcher le reste du trajet. Au travers du récit, j’ai entendu le mot «misogyne». En regardant mon collègue, beau garçon très masculin de plus de 6 pieds, j’étais très contente de découvrir un allié charismatique pour supporter discrètement la cause de l’autre bord des lignes.

On nous offrait de l’hébergement web gratuit comme avantage d’employé, pour nos projets personnels. Alors le questionnement a débuté : est-ce qu’il serait possible, comme mannequin et féministe, de :

1- garder ma crédibilité,
2- garder ma liberté d’expression,

avec un patron au fait de mon blogue? Il suffirait d’une allusion, d’un commentaire, pour que je comprenne que je devrais me réviser avec prudence. Je ne pourrais pas critiquer secrètement une situation issue de mon milieu professionnelle, ni me moquer anonymement d’une réplique.  Il pourrait aussi me garder à l’écart de dossiers importants, pour éviter de nuire à une relation client au vu mes positions militantes découvertes.

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Sans suivre de cours de gestion, sans être membre d’un ordre en ressources humaines, il a répondu exactement ce qu’il devait répondre, sans que je me sois rendue à l’espérer : «Oui, notre offre d’hébergement tient toujours, tu me donneras les informations de ton ancien hébergeur afin que je puisse faire le transfert.» Sans qu’il me pose de question sur le drôle d’URL que je venais de prononcer, j’ai quand même insisté pour lui livrer le sujet en une phrase (pour réduire la surprise, d’un coup qu’il l’inscrirait dans son fureteur sitôt la rencontre terminée). «C’est un blogue sur divers sujets féministes. Et parce que je fais des photos de mannequinat comme hobby, je les utilise pour illustrer mes textes.»

Il a répondu : «Ah! Ça intéresserait sûrement ma copine.»

Pour moi qui venait presque de faire un coming-out («Je suis féministe. Et mannequin itou.»), j’ai pu reprendre mon souffle. Charmer une belle fille, c’est motivant – charmer une mannequin, c’est un défi à relever.  Et je ne voulais surtout pas devenir un défi dans mon milieu de travail. On me confirmait que je n’allais pas le devenir.

J’ai demandé de ne pas parler de mon blogue à l’équipe.

Il a dit : «Personne n’a besoin de le savoir dans le cadre de leurs activités. Ton site sera seulement une ligne dans la liste de nos clients, ça ne ressortira pas davantage.»

Et c’était vrai : on ne m’en a jamais parlé. Je crois que tous le monde a finit par être au courant, l’un par une demande d’aide pour une panne de mon site, l’une par un oubli de restriction de publication sur mon mur Facebook ou l’autre par une conversation avec une amie croisée dans la rue. Et pourtant, on ne m’en a jamais parlé, et c’est exactement ce que je voulais.

Je n’ai été

ni surveillée

ni crainte

ni séduite

de mon embauche jusqu’à la fin de mon contrat.

Pas traitée en homme,

mais traitée avec attention, humainement, pour prévenir et réduire les micro-agressions qui se déroulent si facilement pour une femme en milieu de travail.

C’était certainement un environnement de travail respectueux, pour les femmes comme pour les hommes, une équipe à connaître, et une excellente raison pour une gratitude tenace. (Et je ne serais plus gênée s’ils voyaient cet article.)

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Crédits

Photographie : Basia Pawlik
Maquillage et coiffure : Agnieszka Agnifica
24 mars 2012

Les rires du bébé ou les soupirs de la mère (2 de 2)

Les attentes pour nos enfants à venir peuvent être grandes, nombreuses et positives. Que veut-on qu’ils deviennent? Que leur souhaite-t-on? Je change la trajectoire de la réflexion et je me demande : « Et si je me souhaitais, et je m’organisais pour vivre et atteindre moi-même, avec tous les défis que ça représente, le potentiel que je souhaite à ma progéniture? »

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L’idée d’une vie sans enfant mène aux visions suivantes : soit c’est une vie monotone et grise, soit c’est une vie superficielle fondée sur la fête, la liberté, les voyages, l’érotisme et le calme lorsqu’il est désiré.

Dans tous les cas, ce serait une vie sans défi, car sans entrave.

Un politicien québécois (qui porte son titre comme une contradiction) disait avec sagesse : « Pour rester jeune, il faut être touché ou contraint tous les jours.» Et s’il n’y avait pas un seul modèle de vie sans enfant, mais autant que de modèles de vie en famille? Peut-être voulons-nous aussi une vie contrainte, mais en ne recherchant que des entraves différentes? La vie en famille peut aussi être une façon de se retirer de la vie publique, en n’assistant plus aux assemblées générales, en ne s’inscrivant plus aux cours de groupe et en ne participant plus aux réunions. On peut être se refermer sur notre cellule familiale, de couple ou individuelle autant que l’on peut s‘y épanouir et s’ouvrir ainsi aux autres.

Il y a peu de modèles, peu de biographies auxquelles se référer. Il y a quelques actrices, quelques militantes ou écrivaines, quelques femmes autour de soi qui n’expliquent pas cette grande absence dans leur vie et qui commandent ainsi la discrétion sur ce qui a pu être une décision heureuse ou difficile, un mauvais alignement des astres, un bel hasard ou un regret.  Je lis avec attention les citations des «25 célébrités qui n’ont pas eu d’enfants». J’ai besoin de ces voix-là, qui expriment rarement exactement ce que je ressens, mais qui m’en montrent des petits bouts, et je compose ma propre mosaïque.the_choice_of_childree_8

Tout au fond, la décision doit suivre notre mission de notre vie, que nous sommes. Sans pudeur, j’ai écrit la mienne sur un bout de papier : favoriser les moments de bonheur tout en diminuant l’impact négatif de mon existence sur ce qui m’entoure et en allégeant la souffrance des gens avec lesquels je choisis de m’impliquer. Il y a 50 ans, 100 ans, 1 000 ans, née ailleurs, née autrement, ma mission aurait certainement été différente. Elle prend les couleurs de mes valeurs, de mes capacités et du futur annoncé.

Ma mission de vie pourrait se réaliser avec des enfants, mais elle n’en exige pas.

J’ai bien listé des objectifs de vie, mais ils m’étourdissent à force de penser à leur relative futilité. Nous mourrons tous à la fin et nous restons une poussière dans l’univers. Et puis, jusqu’à un certain point, j’imagine qu’ils sont personnels et que les pro-maternité convaincus les jugeraient autant que celui que j’ai le malheur de ne pas désirer comme eux.

Alors, ai-je envie d’être mère?

Je ne sais pas. Comment peut-on avoir envie du chocolat sans y avoir jamais goûté?

Je ne sais pas si j’aimerais la maternité, puisque je ne l’ai jamais vécue. Je ne peux que qu’observer les exemples autour de moi.

Je connais une mère qui rechigne à me voir m’approcher de son bébé, par crainte que je le blesse ou le mette en danger par inexpérience de la maternité.
Je connais une mère qui m’encourage et me rassure à tenir un bébé, en relativisant que même les humains de la préhistoire savaient comment faire (puisque nous sommes toujours là).

Je connais des mères qui profitent de pauses bien méritées quand n’importe quel adulte du groupe leur propose de superviser leurs enfants pendant 20 ou 30 minutes, pour leur laisser «le temps d’arriver».
Je connais des mères qui stoppent leur amoureux en plein milieu d’un soin à l’enfant, car celui-ci ne fait pas apparemment pas «comme il faut».

Je connais des mères mollo de quatre enfants, je connais des mères tyranniques de trois bambins, je connais des mères épanouies de deux gamins et je connais des mères anxieuses d’un seul bébé.

Je connais des mères qui m’animent, qui parlent de confection de produits artisanaux, de politique provinciale et fédérale, de préparation de voyages, de formation continue professionnelle, de courants théâtraux, de démarrage d’entreprise et de plein de choses, qu’en fait, je ne connaissais pas avant qu’elles en parlent.

Je connais des mères qui m’ennuient comme une infopub, qui racontent leur maternité selon les points d’une liste d’achat : la plus grande auto dès l’annonce de la grossesse, l’excitant renouvellement de la garde-robe en vêtements de grossesse et la décoration de la chambre d’enfant selon le meilleur thème à la mode.

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Je connais des mères pédagogues, patientes, intéressées à l’ouverture culturelle de leurs enfants, qui prennent plaisir à revivre avec eux ce qu’elles ont déjà vécu, mais dans un tout nouveau rôle. J’observe leur maîtrise de l’incertitude, leur esprit terre-à-terre et centré sur l’essentiel et elles m’ouvrent avec générosité le récit de leur quotidien de femme ET de mère.

Je connais des mères qui me font hérisser le poil, qui me disent comme si elles parlaient encore à leur enfant : «Ne dis pas ça» «Tu as encore le temps, de toute façon» ou «Ah, moi aussi à ton âge, mais tu verras, ça change». Quelques-unes de ces mères-là me repoussent dans mes derniers retranchements, lorsqu’elles déclarent un peu plus tard : «Ah, il y en a à qui on devrait INTERDIRE d’avoir des enfants!», en frôlant un eugénisme carrément honteux.

Je me connais, moi :

J’aime voyager léger – j’aime le camping, et spécialement déployer et remballer ma tente en 15 minutes. J’aime me déplacer en vélo, avoir un furoshiki comme bagage en sortie, gager que je peux faire entrer tous mes vêtements pour 7 jours de vacances dans un seul sac à dos.

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J’aime le silence. Je change de siège lorsqu’un autre passager est verbomoteur, exubérant, saoûl, réactif, vulgaire… J’aime m’étirer dans un asana, lire, coudre, écrire : toutes des activités absorbantes et silencieuses.

J’aime les personnes âgées. On l’entend si rarement, définitivement plus rarement que « J’aime les enfants », que ça semble presque compromettant.

J’aime leur sagesse, leur calme, leur bonheur à recevoir tout geste d’attention et tout geste d’amour tandis que leur âge les force souvent à une vie d’austérité. J’aime leur regard différent et expérimenté sur ce que je vis, et j’apprécie la place toute spéciale, souvent, d’être leur «seule amie jeune». J’aime prendre le temps de les guider ou de les informer à propos de la technologie ou des tendances qu’elles ne connaissent pas. Elles me font généreusement de la place dans leur univers et m’accueillent avec respect. J’aime l’égalité qui s’installe entre nous : moi qui connaît les choses de mon âge, elles qui ont tout vu passer, et nous nous rejoignons.

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Je ne sais pas, à dix ans, si je voulais devenir mère. Je sais qu’au primaire, je me voyais politicienne, femme d’affaires, écrivaine. J’adorais les poupées Barbies – c’est elles qui ont hérité de mes premières créations en couture. Au secondaire, les visites d’enseignantes en congé de maternité suscitaient des attroupements d’étudiantes ravies de voir un poupon, mais je m’en éloignais toujours.

Bien peu de choses pointent vers la maternité. Voilà ce que je sais.

À 20 ans, j’ai dit à ma date dès la 2e rencontre : «Veux-tu des enfants? Parce que moi, j’en veux.»

Ça me fait sourire : je voulais m’engager - et enfanter en était mon synonyme. On peut s’engager sans enfant, et on peut enfanter sans engagement.

Oui, on peut s’aimer, mais devoir rompre en raison de désirs de vie incompatibles. Un chien ne remplace pas un enfant, et un enfant théoriquement sous la responsabilité d’un parent plus que l’autre ne pallie pas le goût de liberté. Cette chanson me rend triste. Deux ans plus tard, il publie bien des photos d’enfants sur son profil Facebook. Elle ne publie rien à propos des enfants sur son blogue. La vie suit son cours.

Voir des photos d’anciens amoureux un poupon dans les bras me remue, d’un pincement au coeur sans envie ni désir. J’imagine un chemin de vie différent, et je projette tous les déchirements du coeur que j’aurais eu. Le mystère de savoir si j’aurais eu le temps de suffisamment y réfléchir et aboutir avec ma décision actuelle, le retard que j’aurais occasionné au projet de vie d’autrui, l’amertume qui m’aurait été remise dans les bras, les interminables discussions à tenter de trouver un terrain d’entente pour des souhaits en réalité absolument incompatibles.

Je lis ailleurs : «Avoir des enfants est l’ultime lâcher prise.» Des mères y voient un bel exercise d’apprentissage de la vie, et d’acquisition de la paix d’esprit. J’y vois le destin choisir à ma place et lui permettre de rejeter ce qui me rend heureuse.

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Je pourrais répondre à ma responsabilité,
mais je n’y trouverais pas de plaisir.
Je souhaiterais retrouver ma vie de liberté,
mais je ne le ferais pas.

Seulement, j’espère que la vie me permettra de me rendre utile autrement.

Déjà, on accepte à demi mon choix, décidé mais non proclamé : ils et elles glissent encore «si tu décidais d’avoir des enfants…».  Toutes mes raisons de rejeter la création d’une famille deviennent dans le coeur de ceux qui me croiront heureuse avec un enfant des avantages optimaux à en avoir.

L’environnement est une de mes valeurs fondamentales. Avec un enfant, je produirai beaucoup plus de déchets.

« Mais non! Maintenant, il existe toutes sortes de produits écologiques pour les bébés. De plus, tu pourras élever ton enfant en lui inculquant des valeurs écologistes, inspirer ainsi d’autres parents à faire de même et former un futur citoyen qui pourrait faire changer la société! »

J’aime mon conjoint. Je le trouve désirable, j’aime notre facilité à profiter de moments à deux, intimes.

« La qualité de votre relation de couple offrira une excellente stabilité affective à votre enfant. De plus, avec ta beauté et celle de ton amoureux, vous aurez un enfant absolument ravissant, sans aucun doute! »

J’ai une situation de vie acceptable : je réussis à conjuguer travail, tâches domestiques, loisirs, production artistique, vie de couple et militance.

« Hourra! Votre enfant ne sera pas un enfant-roi. Il comprendra qu’il doit s’insérer dans une routine de famille qui n’est pas centrée uniquement sur lui, vous l’aiderez déjà pour la garderie, puis l’école…»

J’ai compris après beaucoup de temps la condescendence sporadique des childfree, qui résulte de leur amertume, de leur fatigue, de leur sentiment d’impuissance.

Déclarer «Je ne veux pas devenir mère» ne semble souvent pas être une déclaration, sauf une déclaration de guerre. Épuisée de devoir tendre l’autre joue pour répondre de ses choix de vie à des gens qui n’y sont impliqué d’aucune manière, ou presque, il arrive que l’on tire finalement les munitions gardées dans sa ceinture.

Mon choix actuel de ne pas avoir d’enfant m’a demandé plus de réflexion par la force des choses que la majorité que les gens (qui, pour la plupart, en auront souvent avec plénitude et bonheur). Pour cela, je suis en colère contre les gens qui me connaissent peu et qui tiendront avec insistance à décortiquer et soupeser devant moi mon choix, sans passer  à autre chose comme si je leur avais dit «Si je veux des enfants? Oui, probablement, comme tout le monde.» Je ne crois pas que l’on mesure tout le déchirement d’une décision.

Il peut être difficile de s’orienter dans le brouhaha de toutes les voix sur la maternité, mais j’ai trouvé la voix qui me parle le mieux. J’ai trouvé ce filet de sagresse dans La Semaine Rose, qui déclarait au travers d’une histoire sur la maternité, ceci :

«Une des deux amies m’a dit «ouf je suis assez contente d’être lesbienne». Je ne voulais pas péter sa bulle, mais… s’il y a une chose que je sais, c’est que la seule chose qui ne change pas, c’est le changement, et qu’elle voudra peut-être être enceinte un jour.»

La seule chose qui ne change pas, c’est le changement.

Peut-être un jour voudrai-je un enfant. Je n’aurai pas honte de mon actuel état d’esprit. Il est vrai, en ce moment. Il ne le sera peut-être plus dans 10 ans. Conditionnée depuis l’enfant à l’amour qui dure toujours, j’ai assimilé que la rupture est aussitôt un échec, une tache affreuse, une maladie honteuse, qui ramène toute une vie à zéro. Pourtant, une tonne de béton pèse la même chose qu’une tonne de plumes. Deux, sept, dix ou quinze ans de relation harmonieuse qui se termine, n’ont pas de valeur moindre que les mêmes années d’une relation qui ne voit jamais de divorce. Et surtout, les ruptures sont comme d’autant de petites morts : lentes et agonisantes, inattendues et déchirantes ou attendues et soulageantes. Dans tous les cas, il ne faut pas les attendre pour vivre…

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Peut-être que mes amies qui ne vivront que du bonheur pendant leur grossesse vivront une dépression post-partum. Peut-être que d’autres femmes de mon entourage, elles aussi incertaines, seront inspirées par de nouveaux éléments qui modèlent leur situation : des modèles de parentalité inspirants, des événements de vie inattendus, ou tout simplement l’inquiétude de vieillir. Des femmes seront inspirées par leur conjoint(e) à en avoir  et le ou la remercieront d’avoir insisté, et d’autres écriront secrètement sur des forums «si j’avais su ce que c’était, je n’en aurais pas eu.»

Et parce que la seule chose qui ne change pas, c’est le changement, toutes ont droit au respect, maintenant et toujours.

Article précédent : Les rires du bébé ou les soupirs de la mère (1 de 2)

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Crédit photo : Juan Manzano
Octobre 2013