Gagner ses galons

des modèles, des rites de passage qui font croire qu’après ça, on sera égale. qu’on sera estimée qu’on sera aimée qu’il faut être patiente pour le mériter que les gars, ça reste des gars et que nous serons à la hauteur en nous y appliquant mieux — Dans un bien-cuit, un homme lance avec un sourire malicieux devant les enfants du fêté : «Je lui ai toujours dit que ça prenait un vrai homme pour avoir des fils!» Ses enfants sont exclusivement des femmes. Elles esquissent un sourire patient, autorisent sa bonne humeur avec un rire peu convaincant. Le rire est presque inaudible… il n’est après tout destiné à être entendu que par celui qui vient de leur lancer une claque. Se faire traîner dans la boue. Se laisser glisser dans les sillons profonds afin de gagner le droit de prendre la parole, plus tard, peut-être, dans le privilège de ne pas combattre la gêne ni de se faire interrompre.

Gagner ses galons – plutôt, les récupérer après qu’ils soient jetés dans la boue, mais le résultat est le même, n’est ce pas?

— Quand on sera assez sexy, assez attirante, assez désirable, qu’on n’attirera toutefois pas les regards des autres hommes que le sien et que l’on ne se mettra pas à apprécier de l’attention supplémentaire, que l’on sera plus jolie que toutes les autres filles, mais qu’on ne perdra pas de temps à se comparer, qu’on sera assez “mec” pour s’intéresser aux séries éliminatoires, au sexe, au golf et au football, à la bière, mais assez “girly” pour s’épiler, éviter les jurons, s’entraîner sans grognement, dissimuler ses bâillements avec la main; On nous dit que notre vie sexuelle sera fantastique, que notre amoureux n’aura plus de motivation à aller voir ailleurs, que tous ses amis nous apprécieront, que notre patron sera convaincu de nous donner plus de responsibilités, que nos collègues seront convaincus par notre nouveau leadership!

D’autres se font promettre des vierges au paradis, et on s’écrit «Quel ridicule!» Les promesses genrées que l’on nous sert et auxquelles on croit sans les analyser ne valent pourtant pas mieux.

«C’est ironique, c’est ironique!», mais on nous demande d’être une good girl, la Good Girl Gina :

  • elle récompense tous les “nice guys” d’un accueil chaleureux, surtout celui de ses jambes;
  • elle fournit ou facilite tout le sexe voulu sans hésitation;
  • elle s’intéresse à tout ce qui intéresse son\ses partenaires sexuels, parce que ce serait ennuyeux de les laisser seuls;
  • elle est très autonome quand un homme n’a pas envie de passer du temps avec elle, mais très disponible lorsqu’il en a envie;
  • elle n’embête personne avec l’arsenal féminin : menstruations, soucis, revendications.

Bref, ses propres besoins (existent-ils vraiment?) peuvent toujours passer en deuxième car le bonheur des hommes fait le sien. Autrement dit, il faut prendre assez de place pour être remarquée et distrayante – si on est pour être là, alors il faut bien égayer l’assemblée. Mais il ne faut pas voler la vedette non plus en étant plus distrayante que les hommes… 529e85f5b1a69 Un commentaire laissé dans un blogue féministe dit: «J’ai réalisé ce matin l’importance, dans l’image publique de Beyoncé, de sa confiance en elle et sa sexualité sans gêne, mais qui s’applique uniquement dans les limites de son mariage. Elle soigne son image publique comme personne: il y a peut-être des informations qui nous sont inconnues, mais ni mon amie ni moi ne réussissions à nous souvenir d’un autre amoureux que Jay-Z. Même quand ils étaient ensemble, avant le mariage, elle ne chantait pas à propos de faire l’amour toute la nuit dans la cuisine… N’est-ce pas le fantasme hétérosexuel typique de la putain-vierge? Beyoncé (ou plutôt, le personnage de “Beyoncé” que nous connaissons par ses chansons) est une nymphomane affamée qui n’a couché qu’avec un seul homme dans sa vie.» «Elle suscite l’envie de tous les hommes et fait dire à ceux qui sont mariés “Où est ma Beyoncé?” La déchaînée au lit, mais jamais avec un autre homme. La star porno fidèle qui garde son mari satisfait.»

Les rôles que l’on veut nous faire endosser sont une projection. Ils n’existent pas, n’ont jamais été réels.

Mais on continue à lire les titres du Cosmopolitan, on absorbe les leçons. Une femme est définie par sa sexualité, sa beauté, la mode, son corps mince, sa relation avec son homme, son mariage peut-être, sa carrière éventuellement, sa maternité lorsqu’elle vieillira, et les célébrités qu’elle admire. On regarde les vidéoclips et on accepte de nouveaux modèles de féminité, qui changeront à toutes les saisons. On se remet à croire qu’on réussira, nous, à trouver l’équilibre parfait dans ce qu’on demande des femmes.529e85b529405

On se met réellement à croire que si l’on suit les consignes, on sera récompensées. La vérité est que l’on s’engage dans un parcours sans fin.

On regarde le système et on se croit plus futée en s’y conformant, à notre avantage. Si on ne peut le vaincre, alors autant s’y joindre. Le compromis patriarcal, c’est de se conformer juste assez aux règles limitantes du patriarcat pour se camoufler et jouir discrètement de ce que ce laisser-passer acquis nous permet. Comme le décrit cet article de Feminada, « c’est une stratégie individuelle qui sert à manipuler le système à son avantage, mais qui laisse ce dernier intact.» C’est ce que les starlettes font : le public masculin veut les voir sexualisées, alors plutôt que de se laisser piéger par un vêtement mal placé ou un paparazzi trop tenace, elles décident de se sexualiser elles-mêmes. Surprise par un copain abusif qui a diffusé un vidéo pour son profit personnel et sans consentement, quel choix avait Paris Hilton? Être resalie de façon continue en tentant de nettoyer sa réputation, ou jouer comme une reine le rôle dans lequel on la poussait avec instance. Elle s’est conformée au stéréotype, et a gagné la part de son compromis patriarcal en pouvant exploiter sa célébrité à son propre avantage.

Elle s’en est sortie, gagnante et amochée à la fois.

Moi, j’ai cru qu’on travaillait bien professionnellement quand on travaillait comme un gars – sans sentimentalité. J’ai cru que les blagues sexistes devaient être drôles, si mes collègues riaient – alors, je les souriais toujours. Je me suis fait un point d’honneur à ne pas bitcher, attitude purement féminisée, mais je ne me suis pas opposée à ce que mes collègues masculins manquent de respect envers d’autres en leur absence. Après le travail, je lisais les commentaires masculinistes qui disaient qu’il n’y avait pas mieux qu’une belle fille douce et sexualisée, alors je collectionnais les trucs, les demandes, les attentes. Et j’espérais seulement l’être assez. Et on se retrouve dans un coin, isolée, en se rendant compte qu’à tellement correspondre aux attentes masculines généralisées, on n’est plus qu’une coquille vide, inintéressante pour les autres, et surtout pour soi. Il y a quand même des valeurs sûres dans tous les modèles préconisés de bonne féminité, comme l’absence de revendications. Là-dessus, on ne se trompe pas… Il y a le modèle de celle qui joue “comme les garçons”, qui ne va pas émettre de “critique idiote” sur l’image de la femme. Elle est indépendante!

En vérité, elle ne sera jamais considérée comme un garçon, et certains tenteront de coucher avec elle avant de souhaiter et de gagner son amitié.

Il y a celle qui ne va surtout pas se plaindre que son copain sort avec ses amis, sans elle, qu’elle en a marre d’être négligée. Elle est autonome!

En vérité, elle continue d’être négligée, et se fatigue de réclamer autre chose.

Il y a celle qui dit «ben voyons mon chum peut ben aller aux danseuses, tsé». Elle est sympathique!

De mon côté, je dis «Mon chum n’a pas d’interdiction de ma part d’aller aux danseuses. Quelle autorité suis-je sensée avoir sur lui? C’est un adulte autonome, qui fait ses propres choix. Mais je serais déçue de lui, parce que ça voudrait dire qu’il trouve ça ben correct de commercialiser le corps pis la sexualité de quelqu’un d’autre, pis qu’il se sacre pas mal du bien-être d’autres quand il est question de plaisir et de satisfaction personnels.» Quand je couche avec mon chum, j’aime vraiment ça parce qu’on sait ensemble que c’est pour nous, pas juste pour lui.

Une autre voit des publicités de sexisme ironique, et pour calmer la grogne, qui rétorque «ben voyons c’est juste pour rire». Elle est facile à vivre!

Je dis rien. Je m’en vais. Je sais que ça marche pas, dire : «C’est pas drôle, c’est insultant». Je ne suis pas une grande fan des humoristes québécois, c’est vrai. Mais quand je ris, il y a comme une grande chaleur en moi, celle du synchronisme entre mon coeur, ma tête et mon rire, d’avoir trouvé un(e) pair, de me faire parler avec intelligence. J’ai comme pas l’impression de me cracher dessus. Oui, ça me fait du bien.

— Plusieurs analystes disent de la masculinité telle qu’elle est répétée et encouragée, qu’elle est tout ce qu’elle rejette de la féminité. Alors, qu’est ce que la féminité? Proposons la culpabilité. La culpabilité de ne pas réussir, se décourager ou ne pas avoir l’envie de suivre l’interminable processus de qualification pour être une bonne, belle et vraie femme.Crédits Photographie et retouche : Samuel Tessier Maquillage : Tamara de Grâce Octobre 2013

Facing the Criteria List

A mother-in-law mnopapermoustache204
would tell me : « Your skin is too pale. Reduce that sunscreen, take a some sun, you look sick. »

 

A sister would tell me : « Why don’t you dye your hair, try something? You would be beautiful with, nothing much, just some highlights. »

 

An aunt would tell me : « Why don’t you let your hair grow, this time? You look so pretty with long hair. »

 

A cousin would tell me: M
« I really can’t
understand why you stick with nail
enamel. It’s so
old-fashioned.
You should see it in the magazines, no one wear it anymore. »

 

A grandmother would tell me: « Please… I was wearing that kind of jewellery the year I got married… Cannot you be interested by up-to-date things  like other girls from your age? »

 

A mother would tell me: « Take the habit of pulling your stomach in, it’s better that way. Anyway, it’s surely good for your abs. »

Then.

A lover would tell me: « Why do you dislike the curve of your tummy? I love it! I don’t care it’s round: it is firm. » Then, I would see and accept better my belly from another perspective.

 

A boss would tell me: « I would kill for your wardrobe! It is so creative! » Then, I would stop worrying that she might judge me every morning for being different and dressing differently.

 

A friend would tell me: « I noticed you from the crowd by your hair. Short like mine! I felt I shared a little thing, something like a common difference, an acceptation of standing outside. » Then, I would feel happy to meet a new friend in a middle of other gals.

 

An hairdresser would tell me: « You’re so lucky to have such healthy hair… Not like mine: I definitely died too many times, and it is now so dry and broken. » Then, I would feel proud of keeping saying no to a consumption trap and a vicious circle of continuous desire for beauty differentiation.

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I would feel sadness to have been under an unloving examination of myself.
I would feel anger for having been pushed to integrate ideals of beauty that I intuitively evaluated as wrong. I would feel embarrassment for having believed that criticisms are expressions of love.

I had learn before that evaluating others on their looks, judging them on their public image, enumerating their weird choices was a dedication to conscientiousness.
I had believe that accepting and letting people decide for themselves was ignorance or lack of intelligence.
I’ve been repeatedly taught that nothing equalled « good taste », neither acknowledgement of personal preferences or respect of differences.

I tried to fit to be accepted and to be loved. I tried to shut up my impulses of passion, my picks for unconventional beauty.

But then,

I went away from my family environment for school.
I made new friends (that they were dissatisfied with).
I dressed like I liked (and they pointed it with distaste when I came back for weekends).
I discovered Tumblr blogs for social justice (I censored it during family dinners).
I started dating a marvellous man & artist (and he wouldn’t play « The Jock » with other brothers-in-law).

I started to love myself, and I heard my own voice. Feminism showed me the way.

I remember an evening of watching tv news with my family. It wasn’t about listening to the news. Commenting the skin of the new anchor. Evaluating the lenght of her skirt. Criticizing the color of her shirt.
The only critical mind I was pushed to develop was on people appearance.

L

I was part of a jury.
I gave my resignation.

Photography, make-up and retouching credits : CRAN le studio photo (formerly M.No Paper Moustache)
April 2011

J’haïs ça, le soin des ongles.

J’haïs ça, le soin des ongles.

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Ça sert à rien.

C’est une mautadite perte de temps.

J’achète mes bouteilles de vernis sans plaisir, les plus soldées, je me fous des marques et j’essaie presque de faire comme si mes achats n’existaient pas quand je note mon budget parce que je trouve donc que c’est une dépense inutile.

J’ai une petite bouteille de dissolvant dont je déteste l’odeur, et qui me donne l’impression d’une séance de massage au varsol.

Je lève les yeux au ciel lorsqu’on me dit qu’il ne faut surtout pas utiliser de coupe-ongles, mais uniquement une lime (et pas celle intégrée au coupe-ongles, bien sûr, car elle aspire de peine et de misère à son titre).

Et puis, à force de repousser les cuticules pour faire paraître l’ongle plus long, on dirait que j’ai de plus en plus de “reculons”, et bien sûr je les tire, et me voilà toujours avec la peau sensible.

 Donc, j’hais ça, le soin des ongles.

Mais je le fais. Je vais vous dire, je fais le strict minimum : un petit rose bien discret, un beige , une couche translucide si je ne m’attends pas à ce que personne m’examine bien bien ce soir-là. Une couleur qui ne me dénonce pas si ça commence à s’écailler. Quand je réussis à être assez patiente et réussir un vernis, je regarde souvent mes ongles ce soir-là – j’ai de jolies mains de star! Mais basta le plaisir dès le lendemain, car c’est à quand je vais voir la première écaille de couleur se détacher…

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Je pourrais m’amuser à me faire de jolies manucures pour les soirées spéciales, mais l’obligation d’être présentable toute l’année me fait perdre le plaisir que j’aurais à me rendre très élégante à l’occasion.

Il y a des filles qui s’amusent beaucoup à se faire les ongles. Tant mieux pour elles, et je peux les comprendre, même si je ne ressens pas la même chose. Je comprends l’idée de se pomponner, de s’attarder à son corps et ce qui nous fait sentir belles. C’est super, mais ce n’est pas mon dorlotage de prédilection. Moi, j’aime bien me coiffer, et je ne voudrais pas qu’on me dise que c’est oh-combien-superficiel.

Mais je continue à garder mes ongles beaux principalement pour ne pas agacer les filles, surtout celles que je ne connais pas mais qui sont très checkées, parce qu’alors je sais que, même si elles ne me disent rien, elles ont un peu une surprise de voir mes ongles tachés de peinture ou un peu sales si j’ai bricolé avec de la colle ce jour-là. Et leur inconfort me rend inconfortable aussi.

Entourée de nouvelles connaissances «arrangées» jusqu’au bout des ongles, si je sais que mon dernier vernis remonte à il y a trois semaines, j’ai le réflexe idiot de tenir mes mains ensemble, ongles cachés, ou même bien de me croiser les bras avec mon foulard léger par-dessus, par pur hasard. Je peux bien ignorer le regard des hommes qui pourraient trouver que je manque de féminité, ils peuvent bien en penser ce qu’ils veulent, je ne suis pas en mode séduction. Le seul qui m’importe véritablement est celui de mon copain. Parfois, quand je me mets en robe de soirée, il admet quelque chose comme “Bien, ce serait joli si tu étais maquillée au complet…”, donc avec un beau vernis de couleur. Donc, il a des attentes, à quelque part. Mais je sais et il sait aussi que ce n’est pas l’exquisité de mes ongles qui me rend séduisante à ses yeux. Je pense qu’il s’habituerait sans.

Ce n’est pas que ça m’écoeure, des beaux ongles! Quand je tombe sur Pinterest et qu’on me suggère un tableau d’ongles, il m’arrive d’y jeter un coup d’oeil et de me dire qu’il y a des manucuristes très talentueuses derrière cela. Les tutoriels pour les motifs, les petits appliqués à la colle, les nouvelles nouvelles, ça ne m’agace pas. Ça m’écoeure simplement de participer obligatoirement au trip. Se faire les ongles, ça prend du temps… et que je préfère, personnellement, faire autre chose de mes dix doigts (toudoum tish). Je me souviens qu’on a eu des ongles dans l’évolution pour creuser dans la terre et gratter, alors ça m’agace un peu qu’ils doivent absolument aujourd’hui paraître tels des présentoirs rubis ou émeraudes, pour mettre en valeur des sacs à main luxueux.

Si on me le payait, si quelqu’un d’autre le faisait pour moi, ça me dérangerait moins. Mais il reste quand même qu’il faut les prendre, le trouble de prendre rendez-vous et le temps d’aller voir la manucuriste. Je déteste le soin des ongles, je déteste ça tant que je suis obligée d’aimer ça.

Et puis, on en vient vite aux questions d’hygiène : ben quoi, je voudrais me promener avec les ongles tout crottés, peut-être? On me montrerait presque des photos de mains de sans-abri, pour me faire comprendre avec quoi je pourrais me retrouver.

J’ai déjà vu un garçon dans une vitrine se faire une manucure. Complet d’affaires, coupe de cheveux de la veille, je n’en avais rien contre sa virilité, mais je me suis dit : «Mais comme c’est idiot de se donner cette peine alors qu’il n’a aucune pression pour le faire! Moi, si je pouvais aller librement sans me soucier de mes ongles, dieu que j’en profiterais.»

Eh que je suis bien l’hiver : les pieds toujours dans les bottes ou dans les bas de laine, personne ne regarde mes ongles de pied, c’est déjà moitié moins de job.

Fin de l’allégorie.

Le thème de la non épilation ou du non rasage, le véritable sujet de cet article, touche tellement à nos cordes sensibles qu’il faut parfois passer par un détour pour y arriver. Il est vrai que je déteste me vernir les ongles, mais pour tout ce qui précède, vous pouvez remplacer ongles, manucure et vernis par zones d’épilation, rasage, cire et rasoirs.

Se soucier autant de ses ongles que décrit précédemment, serait un peu extrême et douteux. Pourtant, c’est ainsi que l’on pense lorsqu’il est question de nos jambes en minijupe, de nos aisselles en camisole ou de notre bikini à la piscine. En prenant du recul sur le sujet, n’est-ce toujours pas une préoccupation extrême et douteuse?

Pour vrai,

pourquoi l’épilation et le rasage sont des obligations?

Pourquoi est-ce qu’on en parle comme une question d’hygiène (!) et une caractéristique fondamentale de la féminité (!!), alors qu’il faut bien admettre, raisonnablement, qu’il ne s’agit que d’une coquetterie?

Pourquoi est-ce qu’on accepte ce diktat de la pilosité comme une définition super-puissante des genres, qui nuit à toutes les femmes et tout autant aux hommes ‘trop’ imberbes ou ‘trop’ poilus?

Pourquoi a-t-on l’audace de lier la pilosité à l’état de la sexualité des femmes, alors que la sexualité dépend surtout de la connaissance de soi, de son bien-être, de sa capacité à accepter ses préférences et à les communiquer, et de l’amour qu’on a à partager?

Pourquoi ne reconnait-on pas que l’industrie des produits dépilatoires, de rasage et de laser est une industrie de billions de dollars et que notre influence ne vient pas de nulle part?

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En vérité, je n’embellis jamais mes ongles, mais je n’ai jamais eu de pression spécifique à le faire et personne ne m’a jamais fait de commentaire. Pourquoi trouve-t-on anormal d’imaginer la même chose pour les jambes, les aisselles, le bikini et tout le reste?

J’en veux spécialement à l’idée principale qu’on peut attaquer sans vergogne une peau sans intervention sous un prétexte d’hygiène. «Ça pue et ça ramasse des bébittes.» (Rase-t-on ou épile-t-on des enfants, victimes préférées des poux?!) Ce n’est pas de mettre de côté les rasoirs qui est problématique, c’est d’être un hippie qui ne se lave pas qui rend puant. (Un des seuls jugements que vous verrez dans ce blog. Mais moi non plus, je n’aime pas sentir une transpiration puante résultant d’un manque d’hygiène.) Le rasage ou l’épilation ne rend pas propre, mais met assurément la peau à l’épreuve…

Des filles qui se blessent au dessus de la paupière pour aller chercher le mautadit poil de sourcil, ça arrive pas si rarement.
Des brûlures au produit dépilatoire, à la cire ou au laser, ça arrive encore plus souvent.
Enfin, on ne parle pas des coupures au rasoir, presque automatiques.

Parce que je me sens obligée, je le fais, même si je m’arrange pour rendre ça plus plaisant.

J’utilise mes retailles de tissu de couture taché ou croche pour tirer la cire, moi qui cherche toujours à diminuer ma quantité de déchets.
Je fais ça dans la salon, devant la télé, quand mon chum veut regarder un documentaire qui ne m’intéresse pas vraiment. (Je l’écoute, mais pas vraiment.)
Après, je m’enduis les jambes d’huile, je mets des crèmes parfumées que je ne pense jamais à utiliser sinon. J’essaie de transformer ça en dorlotage – c’est la moindre des choses après une heure à me tirer la peau…

Mais ne me faites pas dire que c’est l’fun ou qu’il n’y a pas de problème. Non – tenter de paraître imberbe, c’est chiant. C’est un paquet de trouble. Se mettre belle de cette façon-là quand on a le goût, c’est swell, ne pas y penser quand on a le goût, c’est nice, mais toujours se forcer à avoir une peau lisssssseeeee parce que c’est de même pis y faut ce qui faut, ark.

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Être assez nonchalante à prévoir les “jobs de cire” signifie être tout à fait capable d’oublier cet aspect de l’apparence pendant quelques semaines. Pendant quelques semaines, ne pas s’empêcher d’attacher ses cheveux en public ou porter une minijupe pour sortir ou un short pour courir. Et à quelque part, ça veut dire que se déconstruit l’idée implantée et renforcée tous les jours que les femmes sont laides lorsqu’elles ne sont pas… corrigées. On peut rompre l’habitude de fixer une fille qui n’a pas eu le temps ou le goût de s’épiler/se raser en se répétant qu’elle est négligée et qu’elle devrait être gênée, ce qu’on apprend toutes, comme apprendre à se flageller soi-même. Donc, pas fière des poils, ni fière de l’absence des poils, mais fière d’apprendre à arrêter d’y donner autant d’importance.

Crédit photographie et retouche : Daniel Richard