Facing the Criteria List

A mother-in-law mnopapermoustache204
would tell me : « Your skin is too pale. Reduce that sunscreen, take a some sun, you look sick. »

 

A sister would tell me : « Why don’t you dye your hair, try something? You would be beautiful with, nothing much, just some highlights. »

 

An aunt would tell me : « Why don’t you let your hair grow, this time? You look so pretty with long hair. »

 

A cousin would tell me: M
« I really can’t
understand why you stick with nail
enamel. It’s so
old-fashioned.
You should see it in the magazines, no one wear it anymore. »

 

A grandmother would tell me: « Please… I was wearing that kind of jewellery the year I got married… Cannot you be interested by up-to-date things  like other girls from your age? »

 

A mother would tell me: « Take the habit of pulling your stomach in, it’s better that way. Anyway, it’s surely good for your abs. »

Then.

A lover would tell me: « Why do you dislike the curve of your tummy? I love it! I don’t care it’s round: it is firm. » Then, I would see and accept better my belly from another perspective.

 

A boss would tell me: « I would kill for your wardrobe! It is so creative! » Then, I would stop worrying that she might judge me every morning for being different and dressing differently.

 

A friend would tell me: « I noticed you from the crowd by your hair. Short like mine! I felt I shared a little thing, something like a common difference, an acceptation of standing outside. » Then, I would feel happy to meet a new friend in a middle of other gals.

 

An hairdresser would tell me: « You’re so lucky to have such healthy hair… Not like mine: I definitely died too many times, and it is now so dry and broken. » Then, I would feel proud of keeping saying no to a consumption trap and a vicious circle of continuous desire for beauty differentiation.

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I would feel sadness to have been under an unloving examination of myself.
I would feel anger for having been pushed to integrate ideals of beauty that I intuitively evaluated as wrong. I would feel embarrassment for having believed that criticisms are expressions of love.

I had learn before that evaluating others on their looks, judging them on their public image, enumerating their weird choices was a dedication to conscientiousness.
I had believe that accepting and letting people decide for themselves was ignorance or lack of intelligence.
I’ve been repeatedly taught that nothing equalled « good taste », neither acknowledgement of personal preferences or respect of differences.

I tried to fit to be accepted and to be loved. I tried to shut up my impulses of passion, my picks for unconventional beauty.

But then,

I went away from my family environment for school.
I made new friends (that they were dissatisfied with).
I dressed like I liked (and they pointed it with distaste when I came back for weekends).
I discovered Tumblr blogs for social justice (I censored it during family dinners).
I started dating a marvellous man & artist (and he wouldn’t play « The Jock » with other brothers-in-law).

I started to love myself, and I heard my own voice. Feminism showed me the way.

I remember an evening of watching tv news with my family. It wasn’t about listening to the news. Commenting the skin of the new anchor. Evaluating the lenght of her skirt. Criticizing the color of her shirt.
The only critical mind I was pushed to develop was on people appearance.

L

I was part of a jury.
I gave my resignation.

Photography, make-up and retouching credits : CRAN le studio photo (formerly M.No Paper Moustache)
April 2011

J’haïs ça, le soin des ongles.

J’haïs ça, le soin des ongles.

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Ça sert à rien.

C’est une mautadite perte de temps.

J’achète mes bouteilles de vernis sans plaisir, les plus soldées, je me fous des marques et j’essaie presque de faire comme si mes achats n’existaient pas quand je note mon budget parce que je trouve donc que c’est une dépense inutile.

J’ai une petite bouteille de dissolvant dont je déteste l’odeur, et qui me donne l’impression d’une séance de massage au varsol.

Je lève les yeux au ciel lorsqu’on me dit qu’il ne faut surtout pas utiliser de coupe-ongles, mais uniquement une lime (et pas celle intégrée au coupe-ongles, bien sûr, car elle aspire de peine et de misère à son titre).

Et puis, à force de repousser les cuticules pour faire paraître l’ongle plus long, on dirait que j’ai de plus en plus de “reculons”, et bien sûr je les tire, et me voilà toujours avec la peau sensible.

 Donc, j’hais ça, le soin des ongles.

Mais je le fais. Je vais vous dire, je fais le strict minimum : un petit rose bien discret, un beige , une couche translucide si je ne m’attends pas à ce que personne m’examine bien bien ce soir-là. Une couleur qui ne me dénonce pas si ça commence à s’écailler. Quand je réussis à être assez patiente et réussir un vernis, je regarde souvent mes ongles ce soir-là – j’ai de jolies mains de star! Mais basta le plaisir dès le lendemain, car c’est à quand je vais voir la première écaille de couleur se détacher…

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Je pourrais m’amuser à me faire de jolies manucures pour les soirées spéciales, mais l’obligation d’être présentable toute l’année me fait perdre le plaisir que j’aurais à me rendre très élégante à l’occasion.

Il y a des filles qui s’amusent beaucoup à se faire les ongles. Tant mieux pour elles, et je peux les comprendre, même si je ne ressens pas la même chose. Je comprends l’idée de se pomponner, de s’attarder à son corps et ce qui nous fait sentir belles. C’est super, mais ce n’est pas mon dorlotage de prédilection. Moi, j’aime bien me coiffer, et je ne voudrais pas qu’on me dise que c’est oh-combien-superficiel.

Mais je continue à garder mes ongles beaux principalement pour ne pas agacer les filles, surtout celles que je ne connais pas mais qui sont très checkées, parce qu’alors je sais que, même si elles ne me disent rien, elles ont un peu une surprise de voir mes ongles tachés de peinture ou un peu sales si j’ai bricolé avec de la colle ce jour-là. Et leur inconfort me rend inconfortable aussi.

Entourée de nouvelles connaissances «arrangées» jusqu’au bout des ongles, si je sais que mon dernier vernis remonte à il y a trois semaines, j’ai le réflexe idiot de tenir mes mains ensemble, ongles cachés, ou même bien de me croiser les bras avec mon foulard léger par-dessus, par pur hasard. Je peux bien ignorer le regard des hommes qui pourraient trouver que je manque de féminité, ils peuvent bien en penser ce qu’ils veulent, je ne suis pas en mode séduction. Le seul qui m’importe véritablement est celui de mon copain. Parfois, quand je me mets en robe de soirée, il admet quelque chose comme “Bien, ce serait joli si tu étais maquillée au complet…”, donc avec un beau vernis de couleur. Donc, il a des attentes, à quelque part. Mais je sais et il sait aussi que ce n’est pas l’exquisité de mes ongles qui me rend séduisante à ses yeux. Je pense qu’il s’habituerait sans.

Ce n’est pas que ça m’écoeure, des beaux ongles! Quand je tombe sur Pinterest et qu’on me suggère un tableau d’ongles, il m’arrive d’y jeter un coup d’oeil et de me dire qu’il y a des manucuristes très talentueuses derrière cela. Les tutoriels pour les motifs, les petits appliqués à la colle, les nouvelles nouvelles, ça ne m’agace pas. Ça m’écoeure simplement de participer obligatoirement au trip. Se faire les ongles, ça prend du temps… et que je préfère, personnellement, faire autre chose de mes dix doigts (toudoum tish). Je me souviens qu’on a eu des ongles dans l’évolution pour creuser dans la terre et gratter, alors ça m’agace un peu qu’ils doivent absolument aujourd’hui paraître tels des présentoirs rubis ou émeraudes, pour mettre en valeur des sacs à main luxueux.

Si on me le payait, si quelqu’un d’autre le faisait pour moi, ça me dérangerait moins. Mais il reste quand même qu’il faut les prendre, le trouble de prendre rendez-vous et le temps d’aller voir la manucuriste. Je déteste le soin des ongles, je déteste ça tant que je suis obligée d’aimer ça.

Et puis, on en vient vite aux questions d’hygiène : ben quoi, je voudrais me promener avec les ongles tout crottés, peut-être? On me montrerait presque des photos de mains de sans-abri, pour me faire comprendre avec quoi je pourrais me retrouver.

J’ai déjà vu un garçon dans une vitrine se faire une manucure. Complet d’affaires, coupe de cheveux de la veille, je n’en avais rien contre sa virilité, mais je me suis dit : «Mais comme c’est idiot de se donner cette peine alors qu’il n’a aucune pression pour le faire! Moi, si je pouvais aller librement sans me soucier de mes ongles, dieu que j’en profiterais.»

Eh que je suis bien l’hiver : les pieds toujours dans les bottes ou dans les bas de laine, personne ne regarde mes ongles de pied, c’est déjà moitié moins de job.

Fin de l’allégorie.

Le thème de la non épilation ou du non rasage, le véritable sujet de cet article, touche tellement à nos cordes sensibles qu’il faut parfois passer par un détour pour y arriver. Il est vrai que je déteste me vernir les ongles, mais pour tout ce qui précède, vous pouvez remplacer ongles, manucure et vernis par zones d’épilation, rasage, cire et rasoirs.

Se soucier autant de ses ongles que décrit précédemment, serait un peu extrême et douteux. Pourtant, c’est ainsi que l’on pense lorsqu’il est question de nos jambes en minijupe, de nos aisselles en camisole ou de notre bikini à la piscine. En prenant du recul sur le sujet, n’est-ce toujours pas une préoccupation extrême et douteuse?

Pour vrai,

pourquoi l’épilation et le rasage sont des obligations?

Pourquoi est-ce qu’on en parle comme une question d’hygiène (!) et une caractéristique fondamentale de la féminité (!!), alors qu’il faut bien admettre, raisonnablement, qu’il ne s’agit que d’une coquetterie?

Pourquoi est-ce qu’on accepte ce diktat de la pilosité comme une définition super-puissante des genres, qui nuit à toutes les femmes et tout autant aux hommes ‘trop’ imberbes ou ‘trop’ poilus?

Pourquoi a-t-on l’audace de lier la pilosité à l’état de la sexualité des femmes, alors que la sexualité dépend surtout de la connaissance de soi, de son bien-être, de sa capacité à accepter ses préférences et à les communiquer, et de l’amour qu’on a à partager?

Pourquoi ne reconnait-on pas que l’industrie des produits dépilatoires, de rasage et de laser est une industrie de billions de dollars et que notre influence ne vient pas de nulle part?

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En vérité, je n’embellis jamais mes ongles, mais je n’ai jamais eu de pression spécifique à le faire et personne ne m’a jamais fait de commentaire. Pourquoi trouve-t-on anormal d’imaginer la même chose pour les jambes, les aisselles, le bikini et tout le reste?

J’en veux spécialement à l’idée principale qu’on peut attaquer sans vergogne une peau sans intervention sous un prétexte d’hygiène. «Ça pue et ça ramasse des bébittes.» (Rase-t-on ou épile-t-on des enfants, victimes préférées des poux?!) Ce n’est pas de mettre de côté les rasoirs qui est problématique, c’est d’être un hippie qui ne se lave pas qui rend puant. (Un des seuls jugements que vous verrez dans ce blog. Mais moi non plus, je n’aime pas sentir une transpiration puante résultant d’un manque d’hygiène.) Le rasage ou l’épilation ne rend pas propre, mais met assurément la peau à l’épreuve…

Des filles qui se blessent au dessus de la paupière pour aller chercher le mautadit poil de sourcil, ça arrive pas si rarement.
Des brûlures au produit dépilatoire, à la cire ou au laser, ça arrive encore plus souvent.
Enfin, on ne parle pas des coupures au rasoir, presque automatiques.

Parce que je me sens obligée, je le fais, même si je m’arrange pour rendre ça plus plaisant.

J’utilise mes retailles de tissu de couture taché ou croche pour tirer la cire, moi qui cherche toujours à diminuer ma quantité de déchets.
Je fais ça dans la salon, devant la télé, quand mon chum veut regarder un documentaire qui ne m’intéresse pas vraiment. (Je l’écoute, mais pas vraiment.)
Après, je m’enduis les jambes d’huile, je mets des crèmes parfumées que je ne pense jamais à utiliser sinon. J’essaie de transformer ça en dorlotage – c’est la moindre des choses après une heure à me tirer la peau…

Mais ne me faites pas dire que c’est l’fun ou qu’il n’y a pas de problème. Non – tenter de paraître imberbe, c’est chiant. C’est un paquet de trouble. Se mettre belle de cette façon-là quand on a le goût, c’est swell, ne pas y penser quand on a le goût, c’est nice, mais toujours se forcer à avoir une peau lisssssseeeee parce que c’est de même pis y faut ce qui faut, ark.

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Être assez nonchalante à prévoir les “jobs de cire” signifie être tout à fait capable d’oublier cet aspect de l’apparence pendant quelques semaines. Pendant quelques semaines, ne pas s’empêcher d’attacher ses cheveux en public ou porter une minijupe pour sortir ou un short pour courir. Et à quelque part, ça veut dire que se déconstruit l’idée implantée et renforcée tous les jours que les femmes sont laides lorsqu’elles ne sont pas… corrigées. On peut rompre l’habitude de fixer une fille qui n’a pas eu le temps ou le goût de s’épiler/se raser en se répétant qu’elle est négligée et qu’elle devrait être gênée, ce qu’on apprend toutes, comme apprendre à se flageller soi-même. Donc, pas fière des poils, ni fière de l’absence des poils, mais fière d’apprendre à arrêter d’y donner autant d’importance.

Crédit photographie et retouche : Daniel Richard

I Think I Am in Friend-Love With You

I discovered the comic of Yumi Sakugawa online, through the Facebook page of Bell Jar. Just to inspire you to see how beautiful it is with drawings (here), and because it gives me a reason to read it again, I paste the text here :

I have a confession to make.
I think I am in friend-love with you.
I don’t want to date you or even make out with you.
Because that would be weird.
I just so desperately want for you to think
that I am this super-awesome person
because I think you are a super-awesome person
and I want to spend a lot of time hanging out with you.
I want to Facebook-chat with you after midnight.
I want you to text me to hang out.
In a platonic way, of course.
I want us to @reply to each other’s tweets
and reblog each other’s Tumblr reblogs
because what you find beautiful, funny and heartbreaking in this world
is what I find beautiful,funny and heartbreaking in this world.
And when we do hang out, I don’t want to swap saliva
I just want to swap favourite books.
I want our hello/good-bye hugs to be longer than a casual friend hug
but never so long that it becomes a lover’s embrace.
And if we were to be sitting on the same couch watching a movie
I might lean my left arm just a little against your right arm
but never put my head on your shoulder or try to hold your hand.
Because that would be weird.
So please, before I completely lose my mind
can you surprise me with pokes on Facebook?
Can you e-mail me weird blog links that remind you of me?
Can you text me when something crazy happens on the T.V. show we are both watching
and let me walk with you to your favourite food truck?
In return, I will laugh at all your jokes (even the unfunny ones)
and find the best hole-in-the-wall cafes for us to have never-ending conversations in.
I will make bad Photoshop drawings commemorating our hang-outs
and every single one of our internet meme cat jokes
will be referenced to in the birthday cards I will draw for you every year.
Believe it or not,I wouldn’t be sad if you are already in a romantic relationship.
As a matter of fact, I would be really happy for you
because that’s what friends are for.
But if your super-awesome close friend quota has already reached its capacity
then that would really break my heart into a million pieces.
Maybe you don’t feel the same friend-love
that I feel for you.
After all, we only have so much time in this world
to only have so many friends.
Well, anyway.
Thanks for reading this.
I hope you are doing well.

- Yumi Sakugawa (I Think I Am in Friend-Love With You)

- – -

I miss you. It’s been two years now and I still miss you. I’m sorry, because I know it’s not reciprocal.

I still remember as clear as water when we met. The teacher asked for a business example to cover a certain theory.

I expected the usual answers :  Apple, Youtube, Google or Amazon. Business students were all so fascinated by multinational companies in the media. The bigger, the better. Sometimes, someone would name a powerful company from his or her country and people would ignore because they couldn’t relate to something they didn’t already know. Or someone would say “Playboy” and everyone would giggle. In my hometown, in the previous two years, most of the business classes I attended felt meaningless or deeply opposed my values. I felt sick, I had faith it would be different overseas, so I went away for my final year. But it wasn’t different.

So I was in Poland, attending the classes always as processions by The Church of Saint Steve Jobs. It was my fourth month : really, I expected nothing.

You said : “Couchsurfing.”

I said: “Are you from the United States?” You said no.

Your voice was clear and your gaze was honest. Your face wasn’t expressing a quest for approval, wasn’t bothered by my presumption, wasn’t afraid of my judgment neither. You looked free of everything, although so well grounded. I wondered how you learned about Couchsurfing. I wondered what you thought of it. I wondered if you tried it or only heard of it. You were the first student I spontaneously and naturally wanted to hear more about. I already hoped for your friendship.

Two years went by and I forgot many stories. However, I still remember the good emotions attached to them.

You spent a few months in America and you had tons of adventures to share. I loved your perky smile when you recalled studiously planning stealing of courtesy stuff while working in a hotel, underpaid but still decided to get a glimpse of the American Dream. I laughed when you undertook to relate your time in the airport, having too much stuff in your luggage, even stolen pillows (!) and you proceeded to open all of your bags in the middle of the hall, reorganizing your stuff to squeeze everything in, or at least keep the most important things.

You impressed so much my artist boyfriend when you talked about animation movies. You knew artists’ names that many connoisseurs couldn’t put their finger on. I was so proud to have a brilliant friend.

My boyfriend told me how ravishingly beautiful you were. There were a lot of other beautiful expatriates to be curious about, but your own beauty was indeed intricate, complex and memorable.

A cutie was flocking around you – he looked timid and lovely, and I hearted your blossoming flirt. Then you told me what he told you – actually, you were just another in all the others girls he slept with. I couldn’t imagine you could be trivial for someone, because you were one of a kind for me. By coincidence, your outside beauty reflected your inside beauty. In the context of consume-and-discard relationships associated with Erasmus programs, I wished that by your looks, other people would get the hint of how unique you were. They might guess how beautiful you truly were deep inside and would be motivated to care a little more about you.

You said you expected very little opportunities for you in your country and considered to leave. I asked : «Do you consider Canada?» You said yes.

I had this dormant hope that maybe, if you would ever choose to leave your country, my friendship could be a bonus point to choose Canada over another country of equal quality. I already met a friend through a student exchange program, and by coincidence, she lived in the next city and we had a strong friendship for three years. So maybe, once again it could happen. I never planned anything for this. It was all your choice. I wasn’t in a hurry. I just wanted to keep in touch with the amazing women you are.

I wrote you three or four emails, and said hello 4 or 5 times on Facebook within two years. You wrote me one letter, apologizing for not answering earlier and for your laziness. With time, I realized that my seasonal contacts to keep in touch weren’t unanswered by laziness, but by disinterest. Yes, my heart broke into a million pieces when I realized you kept liking and commenting posts from a common friend, while my invitation to connect on Skype went unanswered. You didn’t wanted to keep in touch.

I understand it. I’ve experienced it too. Once, I met a lovely woman in a terrible job, and only her presence and her friendship made my time there bearable. But after I left, I realized I couldn’t relate to her out of the workplace. She broke off ties. It’s ok – we’ve all been in both roles. I have no bitterness for you, no acrimony for that dead relationship. In nature, only one out of a thousand sea turtles makes it to adulthood.

- – -

It’s hard, intimately and publicly, to say “I love you”, because society can’t conceive female friendship over gossiping, shoes and winning over cuties. (And I don’t even extend to male-female friendship.) Half of the Hollywood movies don’t even pass the Bechdel Test, so how could we imagine female friendship as something real or serious in the real life?

Women are capable of friendship.

I loved you because I admired you, because you awake my passion for themes I barely knew before, because the stories of your relationship with your family made me both double-think about mine and cheered me up, because I felt your joys as intently and genuinely as they were mine, because you were different from anyone I knew before.
Your friendship was serious and precious to me because you embodied someone I wanted to be. By your fondness, I felt closer to a greater self. By the time you spent with me, I felt worthy, because I thought I represented something like this for you too. Or maybe I relieved your burden, or I exalted your joy. I have no control on what the relationship was for you, the only thing I made sure of is that you wanted to be in it.

The last evening we spent together, I knew it would be the last before a very long time or maybe forever. I enjoyed each minute, and listened to you even more attentively than usual. I took delight in hearing you talk again about your love of arts, your culture, your passions, your family, your doubts and your queries about your future. As always, I was inspired, fascinated and entertained. I am now mourning this friendship. Your great life takes shape now, without me.

I miss you, but I’ll move on.

I am not holding it against you. You are free, of my friends,  you were the most passionate about freedom, and I admired it so much.

I am not angry, I am not jealous, I am not critical.

You owe me nothing, you never had to.

I want to grieve this friendship by respect for you, and for me. I am simply pained that our feelings had different roots, and stopped growing in different times.  No one is at fault. There are friendship breakups, friendships at first sight, friendship readjustments. There are also friendships grieves, so I ask you nothing, expect nothing and neither disavow this friendship.

I don’t even want to say “thank you”, because that would feel weird. Your friendship wasn’t a Christmas gift, and even less an act of abnegation. We were friends for a certain period fixed in time, now it’s gone, and that’s okay.

9ms

Well, anyway.

Thanks for reading this.

I hope you are doing well.

- – -

Credits : Magda Andrzejewska
March 2012

Initiations, rue de l’Université ou Crescent

des modèles, des rites de passage qui font croire qu’après ça, on aura droit au respect
qu’on aura gagné notre place
qu’on s’élèvera au niveau supérieur

que ce sera vite passé
qu’il faut serrer les dents
que si tout le monde s’amuse, le problème n’existe pas

Des initiations prennent place au cégep, à l’université, n’importe où.

Pas d’initiation sans jeu de rôle : les rôles sont bien clairs entre les initiateurs et les initiés.

Ils ne sont jamais interchangeables. On fait appel à l’ordre naturel des choses – c’est le rôle des initiés que de passer une épreuve. C’est un jeu flou, dont les éternels gagnants ne sont jamais concernés par un hypothétique pointage, alors on ne démarre pas de seconde partie pour prendre sa revanche…

On demande aux initiés de collecter de l’argent pour une beuverie plus tard, déjà inscrite à l’agenda sans s’enquérir de la volonté des participants. Un initié qui ne veut pas participer sait qu’il sera pointé, rabaissé, intimidé – n’est ce pas l’essence du jeu? On laisse comprendre aux initiés qu’ils doivent faire ce qui est nécessaire pour atteindre les objectifs, quels qu’ils soient… Et ça tombe toujours dans l’exploitation d’autrui ou l’humiliation de soi. On invente des critères de performance variables, exigeants, ridicules, dont l’essoufflement à s’en rapprocher ne sert qu’à distraire et amuser les évaluateurs.

Les initiateurs salissent (littéralement et figurativement) les initiés : de la moutarde, de la mélasse, de la boue, du cirage à chaussures. Si on le peut, on les immerge dans la saleté: une baignoire, une fosse, une pataugeoire… D’ailleurs, dans le mélange humide tiède ou chaud, peuvent proliférer les bactéries – les infections féminines, si elles se produisent, ne peuvent être le résultat que de circonstances exceptionnelles, imprévisibles, inaccusables… Stop. Sans pouvoir gagner de titre du joueur le plus gentilhomme, il faut bien rappeler aux filles qu’on s’attend à ce qu’elles jouent fair-play.

On nous dit des initiations qu’elles sont l’occasion de rencontrer nos nouveaux collègues d’études, de se faire des amis et de s’amuser. On entend aussi qu’elles sont l’occasion de “prendre de l’avance” pour savoir à qui se joindre dans les travaux d’équipes.

Oui, et on vérifie le sens de l’humour des nouveaux– on mesure leur vulnérabilité.

AOn encourage les humiliés à montrer qu’ils s’amusent, et à se plier de bon coeur au déroulement – on martèle leur docilité.

Pour bien des initiations, il faut que le secret persiste. Il est formellement interdit de dire à qui que ce soit la teneur des activités. Principalement, il faut éviter d’ouvrir la porte à décrire l’aspect humain qui y est lié. «Je suis choquée. Je n’étais vraiment pas sûre de vouloir. Après y avoir pensé, maintenant, j’aurais dû refuser, protester, m’en aller. Si j’avais eu le temps d’y penser… Si j’avais pu, su, reconnu… »

Comme toujours, il y a un jeu de domination : jusqu’où les initiés accepteront-ils d’être soumis? Quelle limite sera déclarée? Quand est-ce que l’humiliation sera assez insoutenable pour marteler sans gêne que ce qui se réclame de l’humour ou du jeu est de l’abus?

On commande, bien arrosés, aux femmes de lécher le torse d’un homme, et aux hommes le haut des seins d’une femme. Hétéronormatif, sans consentement libre,  ce n’est pas un plaisir automatique pour l’initiée, ni l’initié. Le plaisir n’est pas non plus automatiquement sexuel pour l’initiateur. En creusant un peu, il y a beaucoup de la jouissance de pouvoir retirer la liberté de choix à l’autre.

Contrôler le droit d’un autre.

En disposer.

L’intimider.

Le faire taire.

L’humilier.

Le faire obéir.

Le manipuler.

L’exploiter.

Tout est en place pour laisser les rênes d’un jeu laissé à lui-même. Le cadre est parfait. Il n’y a pas de barrière à l’entrée pour les angoissés ambitieux, sociopathes fonctionnels, sadiques charismatiques…

Suffit d’y aller graduellement, sinon de s’appuyer sur la tradition. Il n’y a pas de risque de représailles.

Le champ est libre, puisque l’on peut toujours s’appuyer sur le fait que la participation relève d’un choix, et que ce n’est qu’un simple événement social. Mais qu’on ne s’avise pas de s’arrêter en chemin et de dire que ça va trop loin. C’est un choix, alors il ne faut pas briser le fun de ceux qui ont choisi de s’amuser! Qu’on ne s’avise pas de changer d’avis en cours de route. Ce sera fini le vendredi soir, ou le dimanche soir, ou jusqu’à ce qu’on tombe sur le plancher du bar.

Montréal, tu viens de terminer ton Grand Prix.

Tu t’es dit que c’était ce qu’il fallait faire pour faire rouler l’économie, donner du fuel à l’industrie, faire ronronner l’industrie touristique et du divertissement – crisser les pneus tout en crissant dehors ceux qui te critiquent. En jouant le jeu des circuits internationaux, tu t’es bien dit qu’après ça, tu pourrais profiter des listes du Condé Nast Traveler pour les touristes, des chroniques dans le Forbes sur tes qualités économiques, des captations vidéo d’hôtesses tout en blanc et de sourires carnassiers sur les chaînes de télé sportives à travers le monde.

Pour jouer, tu as sacrifié tes filles. Tu les as sorties de tes familles dures, de tes centres jeunesse, de leurs loyers pas payés depuis 2 mois. Tu les offertes en pâtée, tu les as placée en rangée pour qu’elles soient choisies comme des chevaux, chevaux-vapeur indistincts et invisibles, tu as laissé les moteurs qui grondent masquer ce qu’elles pouvaient tenter de dire malgré leur gorge et leur poitrine entravées.

CTu t’es dit qu’en présentant les plus belles putes, les moins fatiguées, les moins habituées, – en bref, des filles qui ne s’attendaient pas à prendre ce rôle-là – tu mériterais l’attention des plus puissants. Tu te dis qu’en utilisant les termes des Québécoises «les plus ouvertes, les plus chaleureuses», tu effacerais la criminalité des relations tarifiées et de la soumission institutionnalisée. Tu t’es montrée docile encore une fois, tu as laissé les jeux de domination s’effectuer sous les bons regards des policiers. Tu as augmenté tes effectifs, tu as facilité les relations d’affaires entre les promoteurs et les politiciens, tu as fait plaisir à tes restaurateurs, tes hôteliers, tes tenanciers de bar, qui gagnent beaucoup à garder leurs clients contents, festifs, voraces.

Montréal, tu as encore soumis tes rues en même temps que tes filles. Elles se sont fait rouler dessus, cracher dessus, pisser dessus. Montréal, pour ton Grand Prix, tu as encore initié une nouvelle série de filles à la prostitution. Plusieurs risquent d’y rester. C’était la première année de ton engagement en or pour les dix prochaines années.

Crédit : Photo – Robert Wiechetek
Janvier 2012

Les rides qui prennent aux tripes

BJ’ai peur de vieillir. J’ai peur de l’inconnu, la difficulté, le rejet. Enfin, j’ai peur dans mes tripes de me retrouver seule, m’épuisant devant un ennemi impossible à combattre, car l’ennemi est nature.

Il n’y a qu’aux les belles artistes à qui il est permis d’éclore : aux vieilles qui n’auront pas su se composer une beauté nouveau genre, qui mystifie le temps et l’âge, point de salut. Seule voie la rigole qui coule au caniveau.C

Regretter le temps mal utilisé, regretter le temps pris pour mûrir, se découvrir, se détailler et se complexifier, parce qu’une société pressée de tout, obsessive de l’éclosion, qui ne statue jamais sur ce qui se passe, laisse traîner la femme et la laisse lier ensemble, à force de déceptions, de refus manqués, de silences évadés, qu’il est maintenant trop tard pour briller et qu’il fallait y penser plus tôt. La suggestion retardataire de mener sa vie stratégiquement, pour repousser la date d’expiration, avant même de se connaître, de vouloir et de s’aimer, d’exploiter sa beauté et sa jeunesse pour la faire fructifier. L’adolescence qui devient un placement, la Bourse du succès et des opportunités futures.D

Ça me fait mal d’être femme, de me dire qu’il est déjà trop tard, que j’aurais dû commencer il y a longtemps déjà, car il n’y a que celles qui ont commencé enfant qui sont acceptées adultes, réellement adultes. Voir mes rêves s’évaporer, préférer les oublier et les tuer avant que les rides ne le fassent, me concentrer à préférer des buts professionnels intellectuels, en voulant permettre un peu plus d’espoir, de réalisme.

E

 


Deux ans plus tard, je me relis.

Le soir du texte, j’avais écouté Drive. Il y a de ces films qui vous habitent, et celui-là, avec sa bande sonore remarquable, sa photographie étincelante et ses jeux d’acteur mémorables, ça l’y classait automatiquement.

J’avais ensuite lu sur le film, et appris que c’était l’acteur principal, Ryan Gosling, qui avait suggéré et obtenu le réalisateur de son choix.

Et ça m’avait mis un sacré cafard.

On voit de l’art, et on se dit «et si moi?». On fantasme pendant tout un film à se projeter à vivre de telles aventures. On se dit qu’on en vit un petit bout, c’est une belle chance que d’être modèle. On se dit qu’un jour, peut-être – un jour, il pourrait y avoir une occasion exceptionnelle, un coup de chance inespéré.

Mais je ne pouvais pas me rendre là dans ma grande utopie. On lui faisait confiance à un bel acteur avec du talent, on souhaitait le mettre en situation de pouvoir, on lui offrait sur un plateau d’argent l’opportunité de faire partie encore davantage du boy’s club (!). Ce n’était pas un fantasme à avoir en tant que femme. On n’aurait jamais donné le droit à Carey Mulligan de choisir son réalisateur. On n’aurait pas permis à une femme de dépasser son rôle de belle au beau jeu. Il y a en bien quelques-unes qui y sont passées, tout se trouve, mais c’est rarissisme. Et moi, à 24 ans et inconnue, je rêvais moi aussi de figurer dans un grand film hollywoodien? Arrête tes conneries.

Dans la vraie vie, j’étais de retour de l’étranger, et déjà, on faisait moins appel à moi pour des photos. C’était au point mort. Ça ne décollait plus. Je me savais trop âgée depuis longtemps pour les agences (déjà 4 ans trop tard sur la limite des vingt ans). Mais voilà – mes yeux devaient s’ouvrir ce soir.

Je n’avais pas eu le temps. J’avais déjà perdu ma beauté.

Je ne faisais pas le poids contre ces jeunes modèles toutes sorties de l’enfance. Ma peau avait déjà été aussi lisse que la leur, plus maintenant. Mon corps avait déjà été aussi lisse, mes fesses et mes jambes sans aspérités.

Je ne regrettais pas ma jeunesse. Je ne les enviais pas.
Je regrettais l’inéluctable traitement de la société de ne pas accepter que moi, j’acceptais plutôt bien de prendre des années.

Ça ne faisait que commencer, et je devais déjà y dire adieu.

Pouvais-je au moins prendre quelques minutes pour me remémorer ce qui s’effaçait déjà? Je terminais ma soirée en écrivant ce texte, en disant à mon amoureux que j’allais le rejoindre au lit un peu plus tard. J’étais dans la salle à manger, la gorge nouée d’un deuil personnel et intime de toute la vie, et je me vidais la tête rien que pour dormir ensuite.

Deux ans plus tard, je ne réussis pas à finaliser ce texte.

J’ai ressorti ce texte ce soir. Je le savais incomplet, inachevé. J’ai tenté de le terminer, de me remettre dans mon émotion, mais voilà :

je ne suis plus terrifiée par le vieillissement.

J’ai apprivoisé l’idée, et ai exploré mes possibilités. J’ai aussi choisi ce qui était vraiment le plus important pour moi, et ce n’est pas de collaborer avec les photographes qui exigent une peau parfaite… J’ai relu le très touchant Double Standard of Aging de Susan Sontag, surtout la fin:

« Les femmes ont un autre choix. Elles peuvent se concentrer à devenir sages plutôt qu’uniquement belles; compétentes plutôt que pratiques; fortes plutôt que gracieuses, ambitieuses pour leur propre existence plutôt qu’uniquement dans le cadre de leurs relations avec les hommes et leurs enfants. Elles peuvent naturellement vieillir sans embarras, en protestant activement et en défiant toutes les règles de l’embarras de l’âge. Plutôt que de s’accrocher à une image adolescenteaussi longtemps que possible, et finir inéluctablement par vieillir en fleurs fanées, elles peuvent accepter leur statut de femme adulte plus tôt et s’approprier l’érotisme riche et propre qui est à leur portée. Les femmes devraient permettre à leur visage de montrer les vies qu’elles ont vécues. Elles devraient dire la vérité à toutes les fois qu’on leur demande leur âge. »

Encore une fois, je ne suis pas capable d’ajouter des phrases à ça. Mais cette fois, mon texte est complet.

Crédit photographie et retouche sur la 5e photo : S. Nair

LIVE LIKE NEVER BEFORE! (and what for now?)

I soon determined in my life I didn’t like romantic movies. As “girl flicks”, they should by their DNA make me mellow, but the magic never work. I interrupt the progress each 10 minutes to criticize the characters, point a cheesy flirt line and complain about poisoned relationship foundations. Yet I had the opportunity to borrow DVD from a friend, and she recommended me some “good ones”. I ended up watching Remember me.

Not a movie I’ll remember, but something tickled : at the end of the movie, the hidden narrator conclude with a (poorly delivered) poetry about life and hopes, something translated as :

“This story shows you that we should all live to the fullest.”

Yeah, because the hero unexpectedly dies at the end. And all emotional from watching the movie, you’ll just nod. Yeah, so true, life is short and we should all enjoy life to the fullest…

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I stood up and went in the kitchen for a bowl of cereals. I ate mechanically, with the remarquable gaze of a dead fish toward the wall and kept playing the discourse in my head. Something was bugging me, although I couldn’t identify it. Living to the fullest – Am I doing it? Am I missing the ride? Should I be doing something else?

Going side of the conjurer, I saw the holes in his sleeves, the second pocket in the suit, the cheap and worn-out handkerchief.

The live at its fullest changes constantly. The live at its fullest is not made to be lived, not invented to be durably enjoyed. The live at its fullest is an often invisible state, an evanescent matter, a land not to be walked on but a shore to be conquered. The live at its fullest is the Great Pacific garbage patch.

In the movie, the hero was a sloucher. He woke up in the morning all weird, nervous-smoking, he met a girl by coincidence, she just happened to appreciate him, he liked her too, he was still managing his grief over his brother death and had family issues, it started to get slightly better, his relationship went bad then got better.

So is this your model of LIVING TO THE FULLEST?

So he should make me envious of his FULLY LIVED EXISTENCE?

It is supposed to make me envious because he’s in the midst of change. And so many opportunities arise in times of change.

But we’re not always in the midst of change.

For data research experts, it is assumed that people are consistent. We visit the same websites, do the same actions, look for the same keywords. Big data experts spend their days drawing our patterns, and it’s super duper easy.

We can’t start blossoming love relationship every season (or we don’t want to!).
Willingness of others to engage in all kinds of relationships is, all in all, out of our own control.
Most of our joys are coincidences.

This year, all my memories start to look the same.

Just like the last 4 years, I’m with the same lovely boy.
Just like the last 3 years, I live in the same neighbourhood.
Just like the last 12 months, I’m in the same job.

Last St-Patrick’s Day, I drank a pint in a bar two blocks away from home. The previous year, I think I stayed at home. Or maybe I was in a bar too, I don’t remember.

 Last Valentine’s Day, I ate in a restaurant. It wasn’t especially fun : sweetheart and I prefer to restaurants on this date. The previous year, we cooked a surf&turf menu at home, and it was good.

No, I can’t say anymore that last New Year Eve, I was on the rooftop of a cool building in Vienna, surrounded by thousands of fireworks. I was actually in a dimly lit car in my own neighbourhood, volunteering for a ride-home service.

 There’s less and less landmarks. Frontiers are blending. I wouldn’t have much stuff to paste into a scrapbooking pad, if I was into it. And yet….

I have now what 90% of the world population endlessly hope for!

I have food in my cupboard, a house to live, a bed, some money, good security, a job and healthy conditions. Somehow, I feel I reached most of the statuses people wish for : single individuals look for love, students look for regular and good income, job researchers look for employment, new graduates forced to part-time work and loose temporary contracts look for 9 to 5. I have it all. But I still feel it isn’t enough. Not in my heart, but in monthly and yearly follow-ups.

I want to say : «Wow, thanks, that’s perfect for me!»

But I feel that, publicly, I surrender.

That I’m a sloucher, someone who lack ambition or courage, who abandon its potential. If I feel no loss in tucking in my travel projects in the usual 2-weeks summer holiday or delaying it to next year, then I’ surely AFRAID. Or DULL. Or CONSERVATIVE. If I accept the direct working 48 weeks per year at the same office, I’m missing L-I-F-E.

On the cover of a woman’s magazine : “Faithfulness in 2014”. I can guess what’s inside.

So, you’ve been with someone for the last years… Don’t you feel you’re missing something? Yeah, you come home and he/she is there, you repeat the usual questions and you follow up usual matters… You know his\her pet peeves, you discovered long ago your common interests and because you always have someone to take up in your arms, because you very rarely experiment conflicts or only on small readjustments, because you use the same tested and proofed methods to unwind from a bad day…it just gets very comfortable.

Voices shutter : Well, aren’t you missing, somewhere hidden, TRUE LOVE?

Aren’t you missing

an exciting life? 
some hotter sex? 
the spice, the unexpected, the adventure?

 I go away. Don’t ask me those questions. You’re not helping me. You’re making me throw away what I cherish, and then you’ll say “BUT IT WAS YOUR CHOICE!”

So, I’m pushed to travel as the next level of my self-realization. Ideally long, light and alone, so I’ll have no drag to get into any kind of experience.

« The world is a book and those who do not travel read only one page.”
“Travel broadens the mind.”
“Do it before you have kids! Enjoy it while you’re still young!”

However, it doesn’t take long to realize travel, as advertised, would make me lose what I already love and enjoy. Asking for full freedom, I couldn’t have my boyfriend next to me. Looking for another destination after two weeks, I couldn’t have my fancy clothes to play dress up, my sewing machine to playfully repair garments or my fabrics scraps to invent stuffed toys. Always in transit, I couldn’t choose and display art and beautiful items in my surroundings.

And you know, my couple, my hobbies and the beauty around me make me happy – ALREADY.

Give me a day in Las Vegas and I will wish to leave the day after. Give me three weeks of vacations on Christmas and I’ll be excited to get back to my projects after two. Bring me to restaurants seven days in a row and I’ll dream of an homemade shepherd pie at home. I like to keep spices as spices.

I don’t need to flee comfort to enjoy it back home. Getting invited to push my limits do not inspire me to pursue my own life into action : it indeed pushes my limits, before I walked the line.

No, I don’t want to navigate Canada from coast to coast in a kayak with dehydrated food. Neither on a bike.
No, I don’t want to run a marathon.
No, I don’t want to travel alone in an unstable country or area.

The motto Live to the fullest is not made to inspire, help or guide us.

It is repeated to make us forever wish for more, not for our mere happiness, but to grow this constant desire toward the unattainable. And we often get so vulnerable doing so.

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Things that makes me enthousiast are not appropriate replies to “What’s new?”. Things I’m satisfied with are not worth discussing, not with my family, my colleagues, probably only with my life partner.

I’m happy whenever filter coffee is on the menu, because I prefer it over espresso and lucky me, it’s cheaper!
I’m happy when I score reduces of 2 or 3 dollars on a single product at the supermarket.
I’m happy when I empty condiment pot in the fridge, spice reserve in the cupboard or make-up color, so I can buy fresher or different ones.
I’m happy when I see and can pet my friends’ cats.
I’m happy when a «could be thrown away but..?» item I kept in case reveals to be the perfect fit for a case of refurbishing.
I’m happy when someone take photographs for me or of me (or both).

I think I would like to learn to sing, to act, to speak another langage. Yes, I think that those are my “dreams”. But I’m in a hurry of nothing.

Looking back, I like to pet my back thinking that I obtained all satisfactories experiences by hard work. But honestly, they happened by coincidence. I swam in the currents and rarely fought waves. Life will bring soon enough cancer, unexpected death around me, so I think it’s legit I don’t look by myself for challenges. Good things happen naturally, too.

I would neither have lived better if, predicting my death on tomorrow, I would spend all my saving on lustful desires.

I came up to the point of admitting and accepting that my life won’t change much. I care about people and people care about me, but when we’ll all trepass, I won’t have any more impact. I won’t have found cures, I won’t be the Queen or the Princess of any art.

Maybe I’ll have written a book. But it probably won’t be reedited, and one day it’ll have reached its last reader. We all look for a kind of eternity, maybe posterity, and most of us won’t. I’m not that important and today I claim the right to refuse to work all my life for an inner incentive that I should grow but I assess as sterile.

Not only the motto Live to the fullest is toxic, but it is also deceitful and prone to make everyone unhappy.

 Living life at the fullest not an invitation TO ENJOY IT, but a relentless nagging TO GET IT CHANGING.

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You might not think of an airplane crash during a 1 or 2-hours flight, but when you’re flying across the ocean for 10 hours, the idea will certainly come. So when I flew to Poland few years ago, I started out of nowhere to worry about my possible death. Before my breathing would accelerate, before my anxiety would get untenable, I firmly sank in my seat and rationalized. A method I really like to tame a fear is to push it – what if your fear realized? And then, what would happen after? And after?

I though that I couldn’t choose a better moment to die.

My boyfriend was with me. I had no debt. I had no lag in my life : I did studies like I wanted to, I started my career few years before because I was eager to. I had some friends, but none depending on me : they all would recover after my demise.

 My apartment was clean : I had sold or given most of my knicks-knacks. My boxes of personal belongings were all well packed and classified, fine-ready for my family to open and manage it. I even suscribed to a line of credit and had my first life insurance.

My death would even have been glamorous. Dead just about to start new challenges in an unknown country full of opportunities. People would morn my past existence with quotes like «She could have done so much if granted time». I was in the prime of my beauty – my family would have had plenty of magnificient pictures to chose from for the newspaper obituaries. The very real process of death would have been stressful, but only for minutes. Maybe I wouldn’t have suffered at all, clobbered by the impact or stunned by freezing water.

I snuggled to my lover and felt perfectly serene.

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From the land, we all dreamed of wrapping ourselves in the looking so fluffy clouds. One day, you get on an airplane, and approaching their sky level, you hardly wait to be shrouded by those ultra thick cotton balls… Only particules of water land on the porthole. This vague fog blurs the view.

Credits :

Photographer, retoucher and digital make-up artist : Daniel Richard

Conduire, pour ne pas rétrograder

Ma leçon aujourd’hui : lave-glace et conduite hivernale. J’ai pris le volant à Sainte-Hélène et l’ai échangé à St-Nicolas. Ça m’a donné le temps de réfléchir…

J’ai 26 ans et mon permis d’apprentie-conductrice sera à renouveler pour la 4e fois dans trois mois.

Je n’aime pas tellement conduire. Ce n’est pas que j’aie des accès d’anxiété, ou que je sois affreusement mauvaise. Je préfère dire que ce n’est simplement pas mon truc. Le changement de vitesses, les dépassements, les virages, la neige, le contrôle de la radio, du chauffage… Ça fait beaucoup de choses en même temps, et je préfère les activités avec plus de concentration.

J’ai eu mon premier permis à 16 ans. Mes parents n’étaient pas très chauds à l’idée, persuadés que je serais toujours sur la route. Comme la vie peut être ironique… Je ne garde pas un souvenir marquant de ma pratique, sauf de la critique répétée de mon père à l’effet de quoi je conduis croche (« Fais attention! Tu fais peur aux autres! »). Une fois, dans mes toutes premières, j’ai perdu ma concentration et ai pesé sur l’accélérateur plutôt que sur le frein devant un arrêt pendant une seconde. Je n’ai pas eu d’accident, il n’y avait pas de voiture à l’horizon et ce n’était qu’une route rurale, mais j’ai été grondée mémorablement. À 16 ans, je me disais que conduire ne pouvait pas être bien compliqué. À 17 ans, je comprenais que je devais être bonne tout de suite et que j’étais la seule à m’accorder du temps d’apprentissage.

Parfois, quand je sors d’une situation très stressante, je me sens revenir à il y a 10 ans et j’ai encore peur de me tromper.

 J’ai recommencé à 23 ans, en rationalisant que ma principale excuse («Je n’ai pas d’auto/de partenaire pour pratiquer.») ne tenait plus. J’ai pris confiance, j’ai dérapé en hiver, l’accident était inclus cette fois. J’ai été grondée, j’ai ré-arrêté ma pratique.

L’an passé, mon copain devait revenir d’un voyage d’affaires en avion, j’avais très hâte de le voir et de l’accueillir, j’étais libre ce soir-là, l’auto était dans la cour…. mais je n’avais toujours pas de permis dans mon portefeuille. On a dû faire appel à un ami, qui a perdu sa soirée et qui m’a embarquée en passant, après que j’aie fait une heure d’autobus pour me rapprocher de son trajet. J’ai mesuré mon incapacité, je me suis fâchée, j’ai repris mon permis d’apprentie.

Bref, j’ai conduit aujourd’hui.

Chéri me coachait. Il me disait «Tiens ton centre – quand tu te fais dépasser, tu as tendance à te tasser vers la droite.» Et me le redisait : «Tiens ton centre – il te dépassera, il a assez de place.» Et me répétait «Tiens ton centre – tu ne prends pas trop de place, il en a assez pour te dépasser.» Je roulais à 100 – ça me donnait beaucoup d’opportunités d’être dépassée.

Et je me disais : « Oui, je dois prendre ma place au travers des autres, la garder même si je n’ai pas autant d’assurance que les autres, je dois m’affirmer parce que j’ai le droit d’être là, peu importe mon niveau d’expérience… »

Tiens, c’est comme un cours pratique de féminisme.


En premier lieu, j’ai dû me décider à apprendre quelque chose qui ne m’était pas tout désigné d’avance, parce que personne ne m’a jamais demandé de le faire.

Utiliser le barbecue.
Négocier un char.
Inventer un mécanisme électrique.
Installer un luminaire.
Faire ses impôts.
Réviser son contrat d’emploi.
Coder une modification web.
Tirer des joints.
Magasiner des pneus.
Réaliser un film.
Rédiger une mise en demeure.
Bûcher du bois de chauffage.
Réparer un four grille-pain.

Qui encourage les femmes à le faire?

Est-ce que c’est par manque d’intérêt inné qu’on ne s’y lance pas,
ou par manque de force à persévérer lorsqu’on verra la mine dépitée,
condescendante ou ennuyée de notre assistant/instructeur?

22

Quand j’acquiers une nouvelle compétence traditionnellement masculine, je me bats contre la suffisance de savoir bien plier des draps contours, de réussir mes béchamels, de nettoyer efficacement le rideau de douche, de savoir me coiffer élégamment. C’est ben le fun de me faire dire par mon chum que je plie donc ben ses tee-shirts, mais faut pas la tête à Papineau pour enligner une pile…

Est-ce que c’est par paresse qu’on ne redemande pas de poursuivre,
ou par crainte d’être intimidée dans notre inexpérience,
notre lenteur à apprendre ou notre maladresse?

J’ai dû dire : «Je vais conduire, aujourd’hui.»

 Votre chat vous dit: «Venez me couper les griffes, je pense que je suis dû.»

 J’avais le goût tenace de redonner le volant à chaque sortie, autant que j’avais le goût de continuer et de me dire à moi-même : «Aujourd’hui, j’ai conduit plus longtemps que l’autre fois. J’ai appris un peu plus.»

Une femme doit déjà souhaiter rompre le rôle qu’on lui assigné. Ça a l’air de rien. Mais ça demande vraiment, vraiment beaucoup. On a pas mal zéro incitatif externe à le faire. Dans les pubs d’auto, les filles chauffent juste pour aller porter les enfants au soccer ou revenir du centre d’achats. Notre rôle féminin est douillet, mais limitatif et parfois….crétin. Alors, je me forçais à suivre mon intention et en même temps, pour avoir la conduite la plus droite possible, à suivre les  lignes sans neige creusées par les autres automobilistes. Pour prendre confiance et garder ma voie, je commence par suivre le chemin tracé par les autres. C’est comme ça qu’on commence – on regarde aller les autres, et on se dit qu’on n’est pas la première à s’y mettre.


On entend beaucoup du droit à instaurer pour les femmes à conduire en Arabie Saoudite. C’est le seul pays au monde où, au-delà des difficultés économiques d’acheter un permis ou de louer une voiture, ou sociales d’apprendre à conduire ou d’être respectées sur la route, les femmes sont littéralement interdites, selon la loi, de prendre le volant.

Les interdictions ne viennent pas toujours des frontières. Elles s’édifient à l’intérieur, dans nos refus, nos préférences à s’en tenir à notre routine.

Mais pour moi, ma cellule, c’est différent! Je n’y suis pas mal. Il n’y fait pas si froid, elle n’est pas si exiguë une fois habituée. Vous savez, mon copain adore conduire. Et puis, comme vous le savez, j’ai déjà fait un accident, ça a créé tout un trouble. Ça évite qu’on se retrouve dans le même problème, c’est bien plus sécuritaire ainsi. En plus, j’économise bien plus : pas de permis régulier, si je ne conduis pas je n’ai pas à payer l’essence, et puis quand je marche ou je prends mon vélo, ça use moins l’auto. Vraiment, tout le monde est gagnant…

 …sauf quand ce serait vraiment plus simple, plus vite et plus efficace que je prenne le char qui attend dans la cour.

Tant que je n’ai pas terminé d’acquérir une compétence, j’ai tout le temps le goût de revenir à mon rôle féminin. Il est plate, pas très satisfaisant, mais au moins, celui-là, je le connais! «Ma connexion à Internet ne marche pas……….. Peux-tu la checker pour moi? Je laverai la vaisselle pendant ce temps-là, ok?» Étendre son rôle fait peur. Ce serait vraiment très satisfaisant quand ce sera fait, mais d’ici là, c’est sacrément pénible! Toutes les responsabilités que l’on demande viennent avec des risques que l’on sera (manifestement, souvent) laissées seules à assumer malgré notre inexpérience.


Ça m’amène à penser à la place des hommes dans le mouvement féministe.

Ils sont critiqués lorsqu’ils s’expriment sur des enjeux féminins (ce n’est pas à eux de s’exprimer, pour nous et à notre place), ils se font ignorer ou signifier qu’ils prennent notre place quand ils participent à des événements féministes, ils ne sont pas félicités lorsqu’ils se déclarent féministes.

«Ne me libère pas : je m’en charge!», disait le slogan français.

Certains hommes se frustrent de notre refus ou notre rejet (ce ne sont pas des alliés), certains n’y comprennent rien et se détachent par crainte de répéter l’erreur. Ce sont la majorité, et je comprends que ce soit un peu mêlant pour eux. Alors, je vais essayer de résumer ma pensée :

Les hommes ne sont pas essentiels aux femmes, c’est une conviction centrale. Il ne nous manque rien même si notre vagin n’est pas rempli d’un pénis…. Par contre, des hommes ouverts à l’émancipation des femmes sont essentiels aux femmes féministes. Leur l’ouverture et leur support sont vitaux dans la lutte commune qu’est l’égalité de sexes.

Quand je pense au rôle de mon amoureux dans mon apprentissage de la conduite, il m’est essentiel. J’ai besoin de lui, pour éventuellement pouvoir conduire sans lui. C’est la personne la plus importante dans ma vie, alors ses encouragements me touchent droit au coeur. Lorsqu’il met en doute une de mes ambitions, malgré toute ma militance, je la remets aussi en doute, et la tentation est grande de l’abandonner.

Pour toutes les fois où je m’écris : «LÀ, S’T’ASSEZ, J’ARRÊTE, ÇA ME TENTE PU, PRENDS LE VOLANT» après une critique un peu trop marquée à mon goût (et agrémenté de : «reprends-le, ton osti de char» à l’occasion), ça fait 15 fois que j’ai réfréné mon goût d’abandonner. Avant de m’asseoir sur le siège conducteur, j’avais déjà surmonté tout autant d’excuses. La pire, c’était : «On évitera de se disputer à propos de ma conduite.»

Et là, c’est là qu’un conjoint, un père, un frère ou un ami peut déclarer en premier lieu : «J’aimerais ça que tu continues. Je vois que tu te forces.» Ou personnellement, j’aime beaucoup la phrase Windex suivante : «Tu n’as pas fait d’accident. C’est bien.»

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Comme femme, je souhaite qu’un homme me considère assez pour souhaiter vouloir me rendre aussi autonome, libre et souveraine que lui sur la route. D’autres femmes devraient aussi avoir la chance de profiter du geste discret mais profondément féministe d’hommes de leur entourage que d’être patient, compréhensif et encore affectueux lorsqu’une femme travaille à ne plus leur être assujettie. Ça se traduit par :

Souligner les petites réussites.
Confirmer l’importance de son projet d’apprentissage.
Inviter l’autre à s’essayer de nouveau, sans qu’elle l’ait demandé expressément.

Et plus encore :

Accepter qu’une femme puisse pointer les propres faiblesse d’un homme, vous, dans une compétence masculine (à apprendre les règles de l’art, on remarque que l’autre ne les suit pas toujours…)
Reconnaître qu’une femme qui gagne contre un homme dans une compétition principalement masculine mérite sa victoire, sans privilège accordé par un jury influençable ni opportunisme.
Accepter que les compliments sur des réalisations ou performances masculines («Quelle belle table! C’est toi qui l’ait faite?») ne vous soient plus nécessairement destinés.

C’est là que la difficulté devient aussi grande pour un homme que pour une femme : l’une doit se battre pour acquérir plus de droits, et l’autre doit accepter de fractionner les siens. Ils ne seront, contrairement aux règles mathématiques, pas réduits. Seule leur exclusivité s’effacera. Tout ça s’appelle partager son privilège. On reconnaît d’abord que tout est beaucoup plus facile lorsqu’on est un homme, et en extrapolant, blanc, hétérosexuel, riche, sans handicap, chrétien, etc. Puis, on s’active pour que ce privilège devienne commun à tous.

Lorsque je saurai conduire, je ne me désintéresserai pas mon conjoint. Je ne le trouverai pas moins compétent. Je ne me transformerai même pas en back-seat driver!

Par contre, je pourrai prendre le rôle de conductrice désignée une fois sur deux, moi aussi. Je pourrai me déplacer vite à l’épicerie pour aller chercher l’ingrédient manquant avant que des invités arrivent et qu’il manque de temps pour le faire. Je pourrai foncer à l’hôpital s’il est un jour malade ou blessé. Nous pourrons échanger les tours à la halte routière lorsqu’il est fatigué et a peur de s’endormir. Nous pourrons nous rendre à New York ou Toronto en un seul trait, sans être obligé d’arrêter à un hôtel pour couper la route. Nous pourrons assumer ensemble les paiements de voiture, d’assurance et d’essence, si j’utilise le véhicule autant que lui.

Alors, encore une fois, il faut le répéter : le féminisme profite aux hommes comme aux femmes. Ce n’est pas qu’une affaire de femmes : c’est un mouvement de justice sociale. Dès que l’on regarde au-delà du choc initial du changement, on se félicite d’avoir pris ce chemin-là.

Quand on croit profondément que l’autre devrait être égale à soi, il faut faire plus que ralentir son pas quand l’autre court très loin derrière pour espérant vous rejoindre. Il ne suffira pas non plus de crier un encouragement, juste avant de sprinter parce que votre entraînement est important, et «que les bretteux s’arrangent eux-mêmes!» Il faut revenir sur ses pas pour la rejoindre et ralentir le rythme pour courir à deux.

Vous pourrez toujours revenir courir le lendemain tout seul, si la vitesse vous manque…

C’est moins facile que de dire «Pauvre femme,
voyez comme elle se soumet à la volonté des hommes et se coupe de la société…
Pour la libérer de sa soumission, il faudrait interdire…».


Peu de femmes rêvent que les hommes les forcent à apprendre quelque chose qui les désintéressent, parce que ce quelque chose est une compétence masculine et donc, «on vous aide là, arrêtez de demander un pied quand on vous donne un pouce!» La réelle voie sera plus difficile : ce qu’on veut apprendre, c’est peut-être la dernière chose que vous avez envie de nous laisser effectuer ou pire, de vous investir à nous l’apprendre.

Il y a de moins en moins de femmes en baccalauréats et maîtrises scientifiques. Un homme s’exprime à la radio : ‘’Il faut les intéresser aux sciences, notamment par le domaine cosmétique, infirmier….’’ Je soupire.  Je me détourne des hommes qui disent ‘’Il FAUT que NOUS’’. Nous n’avons pas besoin d’être sauvées. Ce n’est pas aux hommes de déterminer ce à quoi les femmes doivent s’intéresser, et décider la voie par laquelle elles devraient s’y intéresser.

S’il y a une grande pénurie de travailleurs en chimie, et plus de candidats qu’il n’en faut en aérospatiale, il n’y a pas de raison pour instaurer des programmes pour intéresser les femmes à la chimie. Les femmes ne devraient pas être des ressources pour pallier les milieux où les hommes ne répondent plus à la demande. On ne peut pas supporter des initiatives dont le but est fondamentalement de répondre à des demandes d’hommes, comme se débarrasser des tâches ennuyantes, déléguer les risques, augmenter la visibilité simplement pour augmenter les revenus, etc. et dont les démarches pro-femmes ne sont qu’une solution parmi d’autres.


C’est donc un travail d’équipe, même une course à relais : les femmes doivent d’abord avoir envie de l’égalité et s’impliquer activement à la réaliser, en assumant les obstacles qui se présenteront nécessairement. La première moitié de l’effort ne pourra jamais être réalisée par un homme, et rarement déclenchée par lui. La suite, c’est pour les hommes de s’impliquer à faire plus que de simplement tolérer (ou ignorer) les projets d’autonomisation et de partage des rôles sociaux de leurs consoeurs.


Un petit mot sur les photos:

 Vous me trouvez différente? Oui, c’était à l’été 2004…. J’avais 16 ans!

1 C’était aussi l’année où j’ai commencé à pratiquer la conduite automobile pour la première fois…
2 Les photos sont des photos des “coulisses” de ma toute première séance photo comme modèle, amicale et improvisée! Alors, elles n’ont pas la prétention de se mesurer à mes photos professionnelles.
3 Je n’ai jamais eu d’autres photos en lien avec les automobiles dans mes séances suivantes, alors voilà le pourquoi du retour en arrière!

Crédit photo :  François G.-F.

Se développer en chambre noire

Pour recevoir mes photos, ça prend du temps… Parfois quelques jours, parfois quelques mois, ça dépend du/de la photographe. Souvent, je regarde leurs portfolios en attendant. Et quand j’ai travaillé avec quelqu’un de vraiment bon, j’ai vraiment hâte. Je n’ai pas trouvé d’équivalent plus proche, à l’âge adulte, à attendre le déballage des cadeaux de Noël.