Les rires du bébé ou les soupirs de la mère (2 de 2)

Les attentes pour nos enfants à venir peuvent être grandes, nombreuses et positives. Que veut-on qu’ils deviennent? Que leur souhaite-t-on? Je change la trajectoire de la réflexion et je me demande : « Et si je me souhaitais, et je m’organisais pour vivre et atteindre moi-même, avec tous les défis que ça représente, le potentiel que je souhaite à ma progéniture? »

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L’idée d’une vie sans enfant mène aux visions suivantes : soit c’est une vie monotone et grise, soit c’est une vie superficielle fondée sur la fête, la liberté, les voyages, l’érotisme et le calme lorsqu’il est désiré.

Dans tous les cas, ce serait une vie sans défi, car sans entrave.

Un politicien québécois (qui porte son titre comme une contradiction) disait avec sagesse : « Pour rester jeune, il faut être touché ou contraint tous les jours.» Et s’il n’y avait pas un seul modèle de vie sans enfant, mais autant que de modèles de vie en famille? Peut-être voulons-nous aussi une vie contrainte, mais en ne recherchant que des entraves différentes? La vie en famille peut aussi être une façon de se retirer de la vie publique, en n’assistant plus aux assemblées générales, en ne s’inscrivant plus aux cours de groupe et en ne participant plus aux réunions. On peut être se refermer sur notre cellule familiale, de couple ou individuelle autant que l’on peut s‘y épanouir et s’ouvrir ainsi aux autres.

Il y a peu de modèles, peu de biographies auxquelles se référer. Il y a quelques actrices, quelques militantes ou écrivaines, quelques femmes autour de soi qui n’expliquent pas cette grande absence dans leur vie et qui commandent ainsi la discrétion sur ce qui a pu être une décision heureuse ou difficile, un mauvais alignement des astres, un bel hasard ou un regret.  Je lis avec attention les citations des «25 célébrités qui n’ont pas eu d’enfants». J’ai besoin de ces voix-là, qui expriment rarement exactement ce que je ressens, mais qui m’en montrent des petits bouts, et je compose ma propre mosaïque.the_choice_of_childree_8

Tout au fond, la décision doit suivre notre mission de notre vie, que nous sommes. Sans pudeur, j’ai écrit la mienne sur un bout de papier : favoriser les moments de bonheur tout en diminuant l’impact négatif de mon existence sur ce qui m’entoure et en allégeant la souffrance des gens avec lesquels je choisis de m’impliquer. Il y a 50 ans, 100 ans, 1 000 ans, née ailleurs, née autrement, ma mission aurait certainement été différente. Elle prend les couleurs de mes valeurs, de mes capacités et du futur annoncé.

Ma mission de vie pourrait se réaliser avec des enfants, mais elle n’en exige pas.

J’ai bien listé des objectifs de vie, mais ils m’étourdissent à force de penser à leur relative futilité. Nous mourrons tous à la fin et nous restons une poussière dans l’univers. Et puis, jusqu’à un certain point, j’imagine qu’ils sont personnels et que les pro-maternité convaincus les jugeraient autant que celui que j’ai le malheur de ne pas désirer comme eux.

Alors, ai-je envie d’être mère?

Je ne sais pas. Comment peut-on avoir envie du chocolat sans y avoir jamais goûté?

Je ne sais pas si j’aimerais la maternité, puisque je ne l’ai jamais vécue. Je ne peux que qu’observer les exemples autour de moi.

Je connais une mère qui rechigne à me voir m’approcher de son bébé, par crainte que je le blesse ou le mette en danger par inexpérience de la maternité.
Je connais une mère qui m’encourage et me rassure à tenir un bébé, en relativisant que même les humains de la préhistoire savaient comment faire (puisque nous sommes toujours là).

Je connais des mères qui profitent de pauses bien méritées quand n’importe quel adulte du groupe leur propose de superviser leurs enfants pendant 20 ou 30 minutes, pour leur laisser «le temps d’arriver».
Je connais des mères qui stoppent leur amoureux en plein milieu d’un soin à l’enfant, car celui-ci ne fait pas apparemment pas «comme il faut».

Je connais des mères mollo de quatre enfants, je connais des mères tyranniques de trois bambins, je connais des mères épanouies de deux gamins et je connais des mères anxieuses d’un seul bébé.

Je connais des mères qui m’animent, qui parlent de confection de produits artisanaux, de politique provinciale et fédérale, de préparation de voyages, de formation continue professionnelle, de courants théâtraux, de démarrage d’entreprise et de plein de choses, qu’en fait, je ne connaissais pas avant qu’elles en parlent.

Je connais des mères qui m’ennuient comme une infopub, qui racontent leur maternité selon les points d’une liste d’achat : la plus grande auto dès l’annonce de la grossesse, l’excitant renouvellement de la garde-robe en vêtements de grossesse et la décoration de la chambre d’enfant selon le meilleur thème à la mode.

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Je connais des mères pédagogues, patientes, intéressées à l’ouverture culturelle de leurs enfants, qui prennent plaisir à revivre avec eux ce qu’elles ont déjà vécu, mais dans un tout nouveau rôle. J’observe leur maîtrise de l’incertitude, leur esprit terre-à-terre et centré sur l’essentiel et elles m’ouvrent avec générosité le récit de leur quotidien de femme ET de mère.

Je connais des mères qui me font hérisser le poil, qui me disent comme si elles parlaient encore à leur enfant : «Ne dis pas ça» «Tu as encore le temps, de toute façon» ou «Ah, moi aussi à ton âge, mais tu verras, ça change». Quelques-unes de ces mères-là me repoussent dans mes derniers retranchements, lorsqu’elles déclarent un peu plus tard : «Ah, il y en a à qui on devrait INTERDIRE d’avoir des enfants!», en frôlant un eugénisme carrément honteux.

Je me connais, moi :

J’aime voyager léger – j’aime le camping, et spécialement déployer et remballer ma tente en 15 minutes. J’aime me déplacer en vélo, avoir un furoshiki comme bagage en sortie, gager que je peux faire entrer tous mes vêtements pour 7 jours de vacances dans un seul sac à dos.

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J’aime le silence. Je change de siège lorsqu’un autre passager est verbomoteur, exubérant, saoûl, réactif, vulgaire… J’aime m’étirer dans un asana, lire, coudre, écrire : toutes des activités absorbantes et silencieuses.

J’aime les personnes âgées. On l’entend si rarement, définitivement plus rarement que « J’aime les enfants », que ça semble presque compromettant.

J’aime leur sagesse, leur calme, leur bonheur à recevoir tout geste d’attention et tout geste d’amour tandis que leur âge les force souvent à une vie d’austérité. J’aime leur regard différent et expérimenté sur ce que je vis, et j’apprécie la place toute spéciale, souvent, d’être leur «seule amie jeune». J’aime prendre le temps de les guider ou de les informer à propos de la technologie ou des tendances qu’elles ne connaissent pas. Elles me font généreusement de la place dans leur univers et m’accueillent avec respect. J’aime l’égalité qui s’installe entre nous : moi qui connaît les choses de mon âge, elles qui ont tout vu passer, et nous nous rejoignons.

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Je ne sais pas, à dix ans, si je voulais devenir mère. Je sais qu’au primaire, je me voyais politicienne, femme d’affaires, écrivaine. J’adorais les poupées Barbies – c’est elles qui ont hérité de mes premières créations en couture. Au secondaire, les visites d’enseignantes en congé de maternité suscitaient des attroupements d’étudiantes ravies de voir un poupon, mais je m’en éloignais toujours.

Bien peu de choses pointent vers la maternité. Voilà ce que je sais.

À 20 ans, j’ai dit à ma date dès la 2e rencontre : «Veux-tu des enfants? Parce que moi, j’en veux.»

Ça me fait sourire : je voulais m’engager - et enfanter en était mon synonyme. On peut s’engager sans enfant, et on peut enfanter sans engagement.

Oui, on peut s’aimer, mais devoir rompre en raison de désirs de vie incompatibles. Un chien ne remplace pas un enfant, et un enfant théoriquement sous la responsabilité d’un parent plus que l’autre ne pallie pas le goût de liberté. Cette chanson me rend triste. Deux ans plus tard, il publie bien des photos d’enfants sur son profil Facebook. Elle ne publie rien à propos des enfants sur son blogue. La vie suit son cours.

Voir des photos d’anciens amoureux un poupon dans les bras me remue, d’un pincement au coeur sans envie ni désir. J’imagine un chemin de vie différent, et je projette tous les déchirements du coeur que j’aurais eu. Le mystère de savoir si j’aurais eu le temps de suffisamment y réfléchir et aboutir avec ma décision actuelle, le retard que j’aurais occasionné au projet de vie d’autrui, l’amertume qui m’aurait été remise dans les bras, les interminables discussions à tenter de trouver un terrain d’entente pour des souhaits en réalité absolument incompatibles.

Je lis ailleurs : «Avoir des enfants est l’ultime lâcher prise.» Des mères y voient un bel exercise d’apprentissage de la vie, et d’acquisition de la paix d’esprit. J’y vois le destin choisir à ma place et lui permettre de rejeter ce qui me rend heureuse.

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Je pourrais répondre à ma responsabilité,
mais je n’y trouverais pas de plaisir.
Je souhaiterais retrouver ma vie de liberté,
mais je ne le ferais pas.

Seulement, j’espère que la vie me permettra de me rendre utile autrement.

Déjà, on accepte à demi mon choix, décidé mais non proclamé : ils et elles glissent encore «si tu décidais d’avoir des enfants…».  Toutes mes raisons de rejeter la création d’une famille deviennent dans le coeur de ceux qui me croiront heureuse avec un enfant des avantages optimaux à en avoir.

L’environnement est une de mes valeurs fondamentales. Avec un enfant, je produirai beaucoup plus de déchets.

« Mais non! Maintenant, il existe toutes sortes de produits écologiques pour les bébés. De plus, tu pourras élever ton enfant en lui inculquant des valeurs écologistes, inspirer ainsi d’autres parents à faire de même et former un futur citoyen qui pourrait faire changer la société! »

J’aime mon conjoint. Je le trouve désirable, j’aime notre facilité à profiter de moments à deux, intimes.

« La qualité de votre relation de couple offrira une excellente stabilité affective à votre enfant. De plus, avec ta beauté et celle de ton amoureux, vous aurez un enfant absolument ravissant, sans aucun doute! »

J’ai une situation de vie acceptable : je réussis à conjuguer travail, tâches domestiques, loisirs, production artistique, vie de couple et militance.

« Hourra! Votre enfant ne sera pas un enfant-roi. Il comprendra qu’il doit s’insérer dans une routine de famille qui n’est pas centrée uniquement sur lui, vous l’aiderez déjà pour la garderie, puis l’école…»

J’ai compris après beaucoup de temps la condescendence sporadique des childfree, qui résulte de leur amertume, de leur fatigue, de leur sentiment d’impuissance.

Déclarer «Je ne veux pas devenir mère» ne semble souvent pas être une déclaration, sauf une déclaration de guerre. Épuisée de devoir tendre l’autre joue pour répondre de ses choix de vie à des gens qui n’y sont impliqué d’aucune manière, ou presque, il arrive que l’on tire finalement les munitions gardées dans sa ceinture.

Mon choix actuel de ne pas avoir d’enfant m’a demandé plus de réflexion par la force des choses que la majorité que les gens (qui, pour la plupart, en auront souvent avec plénitude et bonheur). Pour cela, je suis en colère contre les gens qui me connaissent peu et qui tiendront avec insistance à décortiquer et soupeser devant moi mon choix, sans passer  à autre chose comme si je leur avais dit «Si je veux des enfants? Oui, probablement, comme tout le monde.» Je ne crois pas que l’on mesure tout le déchirement d’une décision.

Il peut être difficile de s’orienter dans le brouhaha de toutes les voix sur la maternité, mais j’ai trouvé la voix qui me parle le mieux. J’ai trouvé ce filet de sagresse dans La Semaine Rose, qui déclarait au travers d’une histoire sur la maternité, ceci :

«Une des deux amies m’a dit «ouf je suis assez contente d’être lesbienne». Je ne voulais pas péter sa bulle, mais… s’il y a une chose que je sais, c’est que la seule chose qui ne change pas, c’est le changement, et qu’elle voudra peut-être être enceinte un jour.»

La seule chose qui ne change pas, c’est le changement.

Peut-être un jour voudrai-je un enfant. Je n’aurai pas honte de mon actuel état d’esprit. Il est vrai, en ce moment. Il ne le sera peut-être plus dans 10 ans. Conditionnée depuis l’enfant à l’amour qui dure toujours, j’ai assimilé que la rupture est aussitôt un échec, une tache affreuse, une maladie honteuse, qui ramène toute une vie à zéro. Pourtant, une tonne de béton pèse la même chose qu’une tonne de plumes. Deux, sept, dix ou quinze ans de relation harmonieuse qui se termine, n’ont pas de valeur moindre que les mêmes années d’une relation qui ne voit jamais de divorce. Et surtout, les ruptures sont comme d’autant de petites morts : lentes et agonisantes, inattendues et déchirantes ou attendues et soulageantes. Dans tous les cas, il ne faut pas les attendre pour vivre…

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Peut-être que mes amies qui ne vivront que du bonheur pendant leur grossesse vivront une dépression post-partum. Peut-être que d’autres femmes de mon entourage, elles aussi incertaines, seront inspirées par de nouveaux éléments qui modèlent leur situation : des modèles de parentalité inspirants, des événements de vie inattendus, ou tout simplement l’inquiétude de vieillir. Des femmes seront inspirées par leur conjoint(e) à en avoir  et le ou la remercieront d’avoir insisté, et d’autres écriront secrètement sur des forums «si j’avais su ce que c’était, je n’en aurais pas eu.»

Et parce que la seule chose qui ne change pas, c’est le changement, toutes ont droit au respect, maintenant et toujours.

Article précédent : Les rires du bébé ou les soupirs de la mère (1 de 2)

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Crédit photo : Juan Manzano
Octobre 2013

Les rires du bébé ou les soupirs de la mère (1 de 2)

À 10 ans, je dessinais tranquillement mon avenir en lisant tout ce qui me passait dans les mains. Livres dont vous êtes le héros, Paris Match, bandes dessinées colorées, drames historiques, recueils de blagues (idiotes), biographies de starlettes, journaux du samedi matin, contes de la Comtesse de Ségur et manuels d’instructions : je cherchais les livres avec amour et je dévorais même les «briques» avec appétit. Ma visite chez le conseiller en orientation n’était qu’une confirmation adulte de mon choix adolescent déjà évident : je ne pourrais pas vivre sans écrire. Je n’ai jamais douté être un rat de bibliothèque. Je suis devenue rédactrice pour le web et le marketing.

Adulte, la question «Prévoyez-vous avoir des enfants?» tombe de plus en plus souvent dans les discussions.

Pour ce nouveau choix de vie, les deux dernières décennies ne m’ont pas ouvert le chemin. Pourtant, je garde mes bonnes habitudes – j’ai lu pour me guider. C’est principalement dans les blogues que j’ai cherché des réponses : d’un côté, les forums sur le mouvement childfree, et de l’autre, tous les mom’s blogs.

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Spécifiquement, je n’ai pas recherché beaucoup de blogues de mamans. Ils se présentent à moi par toute recherche liée aux intérêts étiquettés «féminins» : recettes, décoration, art de vivre (?), mode, psychologie (ou coaching de vie) et enfin, féminisme. Parfois, on lit MAMAN dans la première ligne de la biographie de la bloggeuse, ou alors on tombe un article étiquetté des mot-clés #busymom, #familylife or #siblings.

En lisant des mom’s blogs, le constat est clair : les enfants sont le glaçage sur le gâteau de toute activité.

Ils injectent le sens dans toute chose et offrent la crédibilité d’une vie aux réussites méritées. Ils sont l’équation, difficile à comprendre mais prouvée par l’expérience, que l’on gagne plus en donnant plus. Ils sont omniprésents et omnipotents à leur mesure, avec une conclusion, au final, toujours heureuse. Les frustrations peuvent être fortes, mais limitées dans le temps, et jamais dommageables. On lit régulièrement des variantes de : «Quelle fatigue – mais comme je suis heureuse.»

Les forums childfree se déclinent sur plus d’une plateforme : il y a quelques blogs spécialisés, mais surtout, des fils de commentaires à la suite d’articles de journaux ou de vlogs controversés. L’essence des articles (canadiens, américains ou britanniques) tient à ceci : il y a plus d’adultes sans enfants par choix qu’avant, voici quelques-unes de leurs raisons, et leur décision crée de la controverse dans la société et leur entourage. Bien sûr, ça ouvre la porte à un fil de commentaires bien nourri, avec d’un côté les fermement décidés childfree, et de l’autre ceux qui les mettent en garde.

J’ai pris l’habitude de me retirer des climats de panique généralisée. Aujourd’hui, une fusillade. Avant-hier, une autre. Dimanche dernier, une épidémie. Avec la pratique, c’est facile : on fait toujours autre chose en regardant la télé, on garde la télécommande pas loin pour le bouton Mute et on ne clique pas sur les liens sur Facebook (sauf peut-être après une semaine, lorsque les analyses ont eu le temps de mûrir et d’être approuvées par l’éditeur en chef – parfois, ce sera plutôt un mois). Ma mère me disait qu’elle avait déjà lu le texte de l’Apocalypse dans la Bible. Elle n’en avait pas dormi pendant des semaines. Je lisais dans les forums childfree bien des avertissements sur le risque de se retrouver seule et abandonnée dans un foyer de personnes âgées, aigrie et vidée de sens. J’y lisais aussi des gens qui disaient avoir rencontré plusieurs femmes à l’aube de la vieillesse, qui regrettaient leur décision égoïste et naïve.

Je vois maintenant ces commentateurs pro-maternité, dans des forums childfree, comme les masculinistes qui rôdent sur les forums féministes, qui connaissent de «vraies féministes» absolument détestables qui ne seront jamais aimées par les hommes ni personne. Ils mettent aussi en lumière de mystérieuses femmes non féministes, aimables et qui réussissent très bien : elles deviennent alors le modèle à suivre. Bien sûr, on doute que ces oiseaux de malheur aient à coeur le destin des personnes qu’ils «préviennent». Ils sont motivés à faire taire ceux qui remettent en question le modèle qu’eux ont adopté, sans reconnaître que chacun fait son choix pour soi.

Du début de ma recherche jusqu’à aujourd’hui, j’ai lu entre 100 et 150 heures. Ensuite, il me restait le travail de décider mon camp : serais-je une maman non merci, ou une mère avant tout?

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Je savais déjà que je penchais vers la décision d’une famille sans enfants. Je n’aurais pas autant lu si je sentais, tout naturellement et en même temps que la vaste majorité des femmes de mon âge, l’envie et le désir de fonder une famille. Si je me sentais une horloge biologique à l’intérieur du corps, entre le coeur et le foie, j’aurais simplement et facilement attendu qu’elle démarre sans m’inquiéter. Ah oui – si j’avais pu m’éviter ce douloureux exercice, comme j’aurais été heureuse. Pas de risque, pas d’attente, pas de sortie du chemin.

Je me tâtais la poitrine, je regardais mes symptômes, et vraiment, il me semble que mon corps n’allait pas décider à ma place, ni maintenant, ni plus tard. On nous dit que nous avons tous des cellules cancéreuses en dormance, dans notre corps. Pourtant, tous n’en développeront pas les suites. À moi, et moi seule, la faculté de me diagnostiquer.

La lecture des forums childfree m’a longtemps laissée triste, même une bonne heure après avoir fermé mon navigateur.

Dans cette tristesse complexe, il y avait beaucoup de causes :

  • l’angoisse de mal faire mon choix,
  • la tristesse de peut-être manquer quelque chose,
  • la culpabilité de ne pas reconnaître la valeur de ce qu’on me promettait être fabuleux, mais qui me repoussait irrésistiblement et étrangement,
  • l’incompréhension de la facilité démontrée des childfree à se commettre à leur choix,
  • et tout petit, bien tapi… l’inconfort avec la condescendance démontrée par ceux que je pourrais rejoindre.

Voilà : les childfree peuvent être condescendants, en s’en cachant mal ou en ne se cachant pas du tout. Certains vomissent sur ce qu’ils appellent les breeders : «Quels idiots vous faites. Vous manquez de temps, d’argent et de calme, et vous avez l’indécence de vous plaindre! Je vous plains de votre décision irréfléchie. Je lève les yeux au ciel dès que je passe derrière vous et j’assassine mentalement vos enfants lorsqu’ils sont bruyants au restaurant.»

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Je sentais, entre les lignes, que si je me décidais enfin à ne pas avoir d’enfant, je serais acceptée d’un groupe. Le groupe des indécis ne me semblait pas être un groupe à part entière, et je voulais en sortir au plus vite. Par contre, j’aurais intérêt à me tenir drette en face des childfree…parce qu’on ne me permettrait pas d’être transfuge.

Donc, dans ma tristesse, il n’y avait pas seulement le risque de faire le mauvais choix. Il y avait aussi l’anxiété de changer d’idée, et d’être rejetée par le groupe que j’avais rejoint afin de quitter l’autre. En d’autres mots, je pourrais me trouver rejetée des deux groupes pour mes décisions passées. Seule… avec ou sans enfants.

Surtout, je me sentais très mal à l’aise avec l’étalage et l’encouragement de ce mépris. À l’extérieur de ma possible identité de mère ou de nullipare, il y a aussi mes identités d’amie, de fille, de soeur, de nièce, de collègue, de bénévole et de rédactrice. Je ne peux ni ne veux détester tous les parents, car c’est se préparer à une vie de gâchis. Je veux pouvoir me réjouir des nouvelles de grossesse de l’une ou de l’excitation de l’autre à participer à une journée familiale, je veux pouvoir écouter en toute ouverture le récit de la fin de semaine de quelqu’un qui a un quotidien différent du mien, je veux pouvoir ressentir les émotions négatives d’une amie comme je peux partager les miennes, peu importe nos contextes.the_choice_of_childfree_4

Bref, j’étais toujours indécise, sans progression. Sans quiz BuzzFeed pour décider pour moi, j’ai dû composer mon propre questionnaire.

Les adultes désireux d’enfants voient la multiplication de leurs amis devenus parents et ils se languissent de rejoindre le groupe qui continue à avancer sans les attendre. Ils s’inquiètent que ce groupe soit rendu très loin lorsqu’ils voudront y entrer. Est-ce mon cas?

Je ne vois pas des couples annoncer la grande nouvelle, l’un après l’autre, tout pareillement. Je vois, en fait, une grande variété d’âges (de 20 à 40 ans), une grande différence de relations (démarrées à l’école secondaire, reconstituées ou accélérées dans le but de fonder une famille) et une diversité d’enjeux (des nuances dans les priorités de valeurs, des compromis financiers, des relations de couples interculturelles). Nous sommes tous différents, et je suis incapable de comparer mon chemin de vie aux autres, à moins d’en faire une mosaïque qui peut pointer dans toutes les directions.

Les adultes désireux d’enfants aiment la compagnie des enfants et s’émeuvent de la vie de famille. Est-ce mon cas?

Je m’émeus des animaux. Je m’attendris de personnes âgées pleine de tendresse. Mon coeur m’élance devant les abus humains, basés sur toutes les discriminations et les injustices, spécialement celles contre les femmes.

Je ressens peu devant les enfants.

Bien sûr, les nouveaux-nés me font un petit quelque chose, je vous l’avoue. Ce sont des poupées, des créatures douces et fragiles, des petits Jésus qui dorment. Puis, ils se réveillent, et je ne les comprends plus. Leur regard ne se fixe sur rien tandis que des milliards de connexions se font dans leur cerveau.

Leur chaleur me plaît, elle représente la vie, puis les remettre dans les bras de leurs parents lorsqu’ils sont déroutés par ma voix et mon toucher étrangers me convient très bien.

Puis, les enfants grandissent et apprennent, se questionnent et jouent. Heureuse d’avoir enfin atteint l’âge adulte, avec la liberté, l’autonomie et la profondeur intellectuelle qui me faisait tant envie à l’enfance, je manque d’envie de reconnecter avec l’innocence et l’instantanéité de l’enfance. J’aimais les livres, ce raccourci vers la connaissance et l’ouverture sur le monde. Je peux maintenant en écrire plutôt que de les lire à voix haute.

Les adultes désireux d’enfants se passionnent à l’idée de transmettre leurs valeurs, leurs apprentissages et de former des humains complets, sains et heureux. Est-ce mon cas?

Résiliente ou pessimiste, je crois que nos actions influencent rarement les autres comme nous le souhaitons. Chacun a une toile de motivations individuelles qui le pousse dans le chemin qui lui apparaît le meilleur : peut-être le plus valorisant, ou le plus facile, ou le plus tolérable. Ce ne sera peut-être pas le chemin que nous aurions choisi pour eux. La gratitude ou le succès n’étant jamais garantis, je tente d’être la meilleure conjointe, la meilleure amie ou la meilleure accompagnatrice en bénévolat, en relativisant mon impact.

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Je suis influencée par mon expérience de bénévolat : j’ai été marraine civique dans quatre jumelages, d’environ chacun environ un an. Je me suis engagée physiquement (en étant présente aux rencontres) et émotionnellement avec mes filleules, jeunes ou âgées. J’ai cessé d’être marraine pour manque de disponibilité émotionnelle.

À ce moment, je pensais de temps en temps à appeler ma filleule pour prendre des nouvelles, mais je n’en avais pas spécialement le goût, et plus j’y pensais, moins j’en sentais l’énergie. Je n’avais pas l’excitation de l’inviter à passer l’après-midi ensemble, mais je le faisais parce que c’est ce qu’une marraine doit faire. Bien sûr, après que notre activité ou notre appel soit passé, et ça se passait toujours bien, j’en étais contente – même si je l’étais surtout pour elle.

Après 4 ans, je n’étais plus marraine par coeur, mais par loyauté à mon devoir.

Contrairement à mon arrivée à Québec, où j’étais célibataire et j’avais peu d’amis, mon coeur s’était entretemps rempli de mon amoureux et de mes plus en plus nombreuses ami(e)s – ce réseau ayant atteint la bien-heureuse taille où il s’élargit maintenant sans effort de ma part, lorsque nos amis nous présentent à d’autres personnes aux intérêts compatibles aux nôtres, à une multitude d’événements où nous sommes naturellement conviées.

Peu accueillante de la culpabilité, j’ai communiqué avec l’intervenante de l’organisme et le marrainage se terminait quelques jours après. J’ai été encore plus rongée par la culpabilité, pour me réconcilier avec soulagement avec mon sentiment de liberté chérie quelques jours plus tard.

On ne rompt pas avec notre enfant.

Je suis généreuse, mais limitée. Mon coeur pompe et redistribue, dynamise et enrichit, mais ne pèse pas plus de 250 grammes.

JE n’aurais pas la disponibilité émotionnelle pour un enfant inconnu, qui ne m’aurait pas choisi et que je n’aurais pas choisi, pour toute la vie.

Je suis engagée plus que jamais – sans contrat de mariage, sans enfant, mais avec tout mon coeur. J’ai parfois rompu des amitiés, j’ai accepté que d’autres s’étiolent, j’en ai choisi des nouvelles.

Oui, très vite, la projection de délaisser la décision que la très grande majorité des gens choisissent m’étourdit. Sans enfant, j’aurai beaucoup de temps – je suis mieux de savoir dès maintenant ce que je veux en faire. Je devrai aussi réaliser quelque chose dont je serai fière à long terme, car aucun héritage d’humanité ne sera garanti à la fin de ma vie.

Suite de l’article : Les rires du bébé ou les soupirs de la mère (2 de 2)

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Crédit photo : Juan Manzano
Octobre 2013

Gagner ses galons

des modèles, des rites de passage qui font croire qu’après ça, on sera égale. qu’on sera estimée qu’on sera aimée qu’il faut être patiente pour le mériter que les gars, ça reste des gars et que nous serons à la hauteur en nous y appliquant mieux — Dans un bien-cuit, un homme lance avec un sourire malicieux devant les enfants du fêté : «Je lui ai toujours dit que ça prenait un vrai homme pour avoir des fils!» Ses enfants sont exclusivement des femmes. Elles esquissent un sourire patient, autorisent sa bonne humeur avec un rire peu convaincant. Le rire est presque inaudible… il n’est après tout destiné à être entendu que par celui qui vient de leur lancer une claque. Se faire traîner dans la boue. Se laisser glisser dans les sillons profonds afin de gagner le droit de prendre la parole, plus tard, peut-être, dans le privilège de ne pas combattre la gêne ni de se faire interrompre.

Gagner ses galons – plutôt, les récupérer après qu’ils soient jetés dans la boue, mais le résultat est le même, n’est ce pas?

— Quand on sera assez sexy, assez attirante, assez désirable, qu’on n’attirera toutefois pas les regards des autres hommes que le sien et que l’on ne se mettra pas à apprécier de l’attention supplémentaire, que l’on sera plus jolie que toutes les autres filles, mais qu’on ne perdra pas de temps à se comparer, qu’on sera assez “mec” pour s’intéresser aux séries éliminatoires, au sexe, au golf et au football, à la bière, mais assez “girly” pour s’épiler, éviter les jurons, s’entraîner sans grognement, dissimuler ses bâillements avec la main; On nous dit que notre vie sexuelle sera fantastique, que notre amoureux n’aura plus de motivation à aller voir ailleurs, que tous ses amis nous apprécieront, que notre patron sera convaincu de nous donner plus de responsibilités, que nos collègues seront convaincus par notre nouveau leadership!

D’autres se font promettre des vierges au paradis, et on s’écrit «Quel ridicule!» Les promesses genrées que l’on nous sert et auxquelles on croit sans les analyser ne valent pourtant pas mieux.

«C’est ironique, c’est ironique!», mais on nous demande d’être une good girl, la Good Girl Gina :

  • elle récompense tous les “nice guys” d’un accueil chaleureux, surtout celui de ses jambes;
  • elle fournit ou facilite tout le sexe voulu sans hésitation;
  • elle s’intéresse à tout ce qui intéresse son\ses partenaires sexuels, parce que ce serait ennuyeux de les laisser seuls;
  • elle est très autonome quand un homme n’a pas envie de passer du temps avec elle, mais très disponible lorsqu’il en a envie;
  • elle n’embête personne avec l’arsenal féminin : menstruations, soucis, revendications.

Bref, ses propres besoins (existent-ils vraiment?) peuvent toujours passer en deuxième car le bonheur des hommes fait le sien. Autrement dit, il faut prendre assez de place pour être remarquée et distrayante – si on est pour être là, alors il faut bien égayer l’assemblée. Mais il ne faut pas voler la vedette non plus en étant plus distrayante que les hommes…

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Un commentaire laissé dans un blogue féministe dit: «J’ai réalisé ce matin l’importance, dans l’image publique de Beyoncé, de sa confiance en elle et sa sexualité sans gêne, mais qui s’applique uniquement dans les limites de son mariage. Elle soigne son image publique comme personne: il y a peut-être des informations qui nous sont inconnues, mais ni mon amie ni moi ne réussissions à nous souvenir d’un autre amoureux que Jay-Z. Même quand ils étaient ensemble, avant le mariage, elle ne chantait pas à propos de faire l’amour toute la nuit dans la cuisine… N’est-ce pas le fantasme hétérosexuel typique de la putain-vierge? Beyoncé (ou plutôt, le personnage de “Beyoncé” que nous connaissons par ses chansons) est une nymphomane affamée qui n’a couché qu’avec un seul homme dans sa vie.» «Elle suscite l’envie de tous les hommes et fait dire à ceux qui sont mariés “Où est ma Beyoncé?” La déchaînée au lit, mais jamais avec un autre homme. La star porno fidèle qui garde son mari satisfait.»

Les rôles que l’on veut nous faire endosser sont une projection. Ils n’existent pas, n’ont jamais été réels.

Mais on continue à lire les titres du Cosmopolitan, on absorbe les leçons. Une femme est définie par sa sexualité, sa beauté, la mode, son corps mince, sa relation avec son homme, son mariage peut-être, sa carrière éventuellement, sa maternité lorsqu’elle vieillira, et les célébrités qu’elle admire. On regarde les vidéoclips et on accepte de nouveaux modèles de féminité, qui changeront à toutes les saisons. On se remet à croire qu’on réussira, nous, à trouver l’équilibre parfait dans ce qu’on demande des femmes.529e85b529405

On se met réellement à croire que si l’on suit les consignes, on sera récompensées. La vérité est que l’on s’engage dans un parcours sans fin.

On regarde le système et on se croit plus futée en s’y conformant, à notre avantage. Si on ne peut le vaincre, alors autant s’y joindre. Le compromis patriarcal, c’est de se conformer juste assez aux règles limitantes du patriarcat pour se camoufler et jouir discrètement de ce que ce laisser-passer acquis nous permet. Comme le décrit cet article de Feminada, « c’est une stratégie individuelle qui sert à manipuler le système à son avantage, mais qui laisse ce dernier intact.» C’est ce que les starlettes font : le public masculin veut les voir sexualisées, alors plutôt que de se laisser piéger par un vêtement mal placé ou un paparazzi trop tenace, elles décident de se sexualiser elles-mêmes. Surprise par un copain abusif qui a diffusé un vidéo pour son profit personnel et sans consentement, quel choix avait Paris Hilton? Être resalie de façon continue en tentant de nettoyer sa réputation, ou jouer comme une reine le rôle dans lequel on la poussait avec instance. Elle s’est conformée au stéréotype, et a gagné la part de son compromis patriarcal en pouvant exploiter sa célébrité à son propre avantage.

Elle s’en est sortie, gagnante et amochée à la fois.

Moi, j’ai cru qu’on travaillait bien professionnellement quand on travaillait comme un gars – sans sentimentalité. J’ai cru que les blagues sexistes devaient être drôles, si mes collègues riaient – alors, je les souriais toujours. Je me suis fait un point d’honneur à ne pas bitcher, attitude purement féminisée, mais je ne me suis pas opposée à ce que mes collègues masculins manquent de respect envers d’autres en leur absence. Après le travail, je lisais les commentaires masculinistes qui disaient qu’il n’y avait pas mieux qu’une belle fille douce et sexualisée, alors je collectionnais les trucs, les demandes, les attentes. Et j’espérais seulement l’être assez. Et on se retrouve dans un coin, isolée, en se rendant compte qu’à tellement correspondre aux attentes masculines généralisées, on n’est plus qu’une coquille vide, inintéressante pour les autres, et surtout pour soi. Il y a quand même des valeurs sûres dans tous les modèles préconisés de bonne féminité, comme l’absence de revendications. Là-dessus, on ne se trompe pas… Il y a le modèle de celle qui joue “comme les garçons”, qui ne va pas émettre de “critique idiote” sur l’image de la femme. Elle est indépendante!

En vérité, elle ne sera jamais considérée comme un garçon, et certains tenteront de coucher avec elle avant de souhaiter et de gagner son amitié.

Il y a celle qui ne va surtout pas se plaindre que son copain sort avec ses amis, sans elle, qu’elle en a marre d’être négligée. Elle est autonome!

En vérité, elle continue d’être négligée, et se fatigue de réclamer autre chose.

Il y a celle qui dit «ben voyons mon chum peut ben aller aux danseuses, tsé». Elle est sympathique!

De mon côté, je dis «Mon chum n’a pas d’interdiction de ma part d’aller aux danseuses. Quelle autorité suis-je sensée avoir sur lui? C’est un adulte autonome, qui fait ses propres choix. Mais je serais déçue de lui, parce que ça voudrait dire qu’il trouve ça ben correct de commercialiser le corps pis la sexualité de quelqu’un d’autre, pis qu’il se sacre pas mal du bien-être d’autres quand il est question de plaisir et de satisfaction personnels.» Quand je couche avec mon chum, j’aime vraiment ça parce qu’on sait ensemble que c’est pour nous, pas juste pour lui.

Une autre voit des publicités de sexisme ironique, et pour calmer la grogne, qui rétorque «ben voyons c’est juste pour rire». Elle est facile à vivre!

Je dis rien. Je m’en vais. Je sais que ça marche pas, dire : «C’est pas drôle, c’est insultant». Je ne suis pas une grande fan des humoristes québécois, c’est vrai. Mais quand je ris, il y a comme une grande chaleur en moi, celle du synchronisme entre mon coeur, ma tête et mon rire, d’avoir trouvé un(e) pair, de me faire parler avec intelligence. J’ai comme pas l’impression de me cracher dessus. Oui, ça me fait du bien.

Plusieurs analystes disent de la masculinité telle qu’elle est répétée et encouragée, qu’elle est tout ce qu’elle rejette de la féminité. Alors, qu’est ce que la féminité? Proposons la culpabilité. La culpabilité de ne pas réussir, se décourager ou ne pas avoir l’envie de suivre l’interminable processus de qualification pour être une bonne, belle et vraie femme.

Crédits

Photographie et retouche : Samuel Tessier

Maquillage : Tamara de Grâce

Octobre 2013